À quelques jours de Noël, Monsieur Nostalgie ne résiste pas à une épaisse couche de mignonneries. Il s’est rendu à l’exposition « Mon ours en peluche » au Musée des Arts Décoratifs (jusqu’au 22 juin 2025). Accordons-nous cette pause de câlinothérapie dans un quinquennat de guingois !
Je ne connais rien de plus réconfortant que de croiser le regard de Paddington, plantigrade péruvien exilé à London, en duffle-coat et bottes en caoutchouc dans une salle du Musée des Arts Décoratifs, alors que dehors, il pleut à grosses gouttes sur la rue de Rivoli. Surtout lorsqu’il est accompagné de sa Tante Lucy enrubannée dans un châle et chapeautée comme une mémé du Bourbonnais. Elle couve amoureusement son petit ourson derrière des besicles embuées. Un peu de douceur ne nuit pas aux relations humaines. Bouba et Frisquette tiennent une place d’honneur dans le panthéon télévisuel des années 1980, c’était le bon vieux temps de l’accalmie, Jean Rochefort nous contait les aventures de Winnie the Pooh sur FR3 avec la voix de Roger Carel. Seuls les cœurs secs restent insensibles à cette tendresse venue du fond de l’enfance. Face à Paddington, à sa courtoisie et à sa générosité, les tribulations des assemblées et les tripatouillages électoraux ne produisent qu’indifférence et dédain. Quand l’actualité s’embourbe dans la farce, quand les Français se sentent dépossédés de leur pré-carré, il faut savoir mettre l’horloge sur pause, au moins durant la quinzaine de Noël. Reprendre ses esprits après une année politique cauchemardesque, se désengager des misères du quotidien, des hautes doses de moraline et des dénis de réalité. En janvier, la longue cohorte des emmerdements reprendra ses droits et possession de nos vies bien assez vite. Pour l’heure, évadons-nous au pays des ours en peluche, de la littérature jeunesse et des veillées dans cette exposition moelleuse à souhait qui se prolongera jusqu’à l’été 2025. Zizi Jeanmaire aurait pu chanter « mon truc en peluche, ça fait rêver, mais c’est sacré ». Sacrés, les ours en peluche le sont assurément car ils nous suivent tout au long de notre existence. Il ne viendrait à l’idée de personne de les abandonner dans une déchetterie. Les psys les considèrent comme des objets transitionnels. Les démantibulés, les rapiécés, les lustrés, les éborgnés, tous les éclopés ont notre affection.
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