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Le bistrot aussi, c'était mieux avant !!!


La France du bistrot charrie bien sûr son lot de misère et de détresse humaine…

Tous les piliers de comptoirs de parlent pas comme Audiard ni n'ont le charme de Gabin dans Archimède le clochard…

Les zincs peuvent suinter d'amertume et de désespoir aussi bien que d'amitié et de convivialité… Ce sont des ports qui accueillent autant de naufrages que d'escales…. Des théâtres où la comédie tourne aisément au tragique… Des refuges où les vieux clébards se mordent parfois davantage qu'ils ne se flattent… Beaucoup de noyés pour peu de rescapés.

Mais leur disparition n'efface pas ce dont ils étaient le réceptacle : la solitude, l'ennui, la misère, le non-sens, l'isolement… Tout cela est simplement rejeté hors du cadre public, masqué, renvoyé entre les quatre murs d'un appartement vide, d'une chambre d'hôtel lugubre, ignoré, oublié…

Cachez ces hommes ( et quelques femmes) fatigués, abandonnés, blessés, boiteux, inaptes, perdus, que je ne saurais voir !

Le sans-dent, celui dont la vie "ne vaut rien", qui ne veut pas "traverser la rue" pour trouver un job à la con et qui préfère rêver dans les reflets d'un verre de rouge, s'inventer un passé à l'apéro et un futur au digestif…

Celui qui ne veut pas renter pour se faire admonester par une marâtre qui s'est rendue compte qu'elle n'avait pas misé sur le bon cheval…

Celui qui veut oublier qu'il a passé 8 heures à bosser dans un boulot imbécile qui lui permet de payer le loyer d'un appartement qui lui fait horreur…

Celui qui veut noyer ses amours perdus et qui n'ont sans doute jamais existé,

celui qui veut commenter le football,

celui qui veut expliquer au serveur marocain pourquoi il est raciste…

Ni glamour, ni winners, l'amicale des répudiés d'un temps pour lequel ils n'étaient pas prêts, pas faits, celui de l'image, de l'argent, du Club "all inclusive", d'Instagram, de la vitesse, du bougisme…

Victimes collatérales d'une modernité qui ne supporte que le lisse et le brillant, anachronismes couperosés, vestiges chancelants, épouvantails braillards, ils trouvaient dans le bistrot leur maison de retraite avant l'heure, leur club de sans-grades, leur cimetière des éléphants…

Apparemment, c'était déjà trop.
Xavier Eman
Blog infanteriesauvage.Tumblr

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