Par Joie Des Mots
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Que dire de Boualem Sansal, sinon qu’il est un phare dans la nuit, une lumière têtue qui brille même quand les vents contraires s’acharnent à l’éteindre ? Il est de ces esprits que rien ne courbe, pas même la solitude de l’exil intérieur, pas même la menace tapie dans l’ombre. Il marche droit, le regard franc, traçant dans la poussière du siècle une route que peu osent suivre. Et moi, sur ce chemin, j’ai eu la chance de croiser son pas, de partager avec lui des instants de fraternité, des discussions sans fard, où les mots circulaient librement, avec cette confiance rare qui lie les âmes sincères.
Sansal est d’abord une voix, et quelle voix ! Une parole claire et nue, dépourvue d’esbroufe, affranchie des postures et des faux-semblants. Il n’a pas besoin de hausser le ton pour se faire entendre, car ses mots portent en eux le poids du réel et la gravité des vérités tues. Dans un monde où les écrivains se parent trop souvent du masque du grand penseur, lui se contente d’être un homme qui observe et qui dit. Son humilité est la preuve de son authenticité, et cette authenticité est la seule autorité qui vaille, celle qui n’a nul besoin de décorum pour imposer le respect. J’ai toujours admiré chez lui cette justesse, cette manière de ne jamais se draper dans le prestige, de ne jamais trahir la parole donnée.
Sa liberté, il l’a toujours crue inaliénable. Il pensait, dans sa naïveté lumineuse, que les chaînes ne pourraient l’atteindre, que sa parole n’avait pas de prise sur l’édifice du pouvoir. Mais il a sous-estimé, dans son infinie modestie, la puissance d’un verbe sincère. Il a cru qu’on pouvait dire sans craindre, écrire sans payer le prix. Or, le monde ne pardonne pas aux esprits libres leur insoumission. Boualem Sansal en sait quelque chose. Et combien de fois avons-nous parlé ensemble de ces risques, de ces vérités trop lourdes à porter, de ces silences que l’on voudrait lui imposer ? Toujours, il répondait avec cette sagesse teintée d’ironie, cette façon bien à lui de défier l’inacceptable avec une tranquille obstination.
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