Par Joie Des Mots
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Au cœur du Languedoc se dressent des forteresses majestueuses, des citadelles médiévales érigées par les rois de France au XIIIe siècle pour affirmer leur pouvoir sur une région tourmentée. Aujourd’hui rassemblées sous le nom de « forteresses royales du Languedoc », huit sites emblématiques sont en lice pour être inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais ce projet entraîne un changement de nomination loin d’être anodin : adieu l’appellation de « châteaux cathares », terme séduisant mais qui ne résiste pas à la vérité historique.
La cité de Carcassonne et les châteaux d'Aguilar, de Termes, de Lastours, de Montségur, de Peyrepertuse, de Puilaurens ainsi que de Quéribus illustrent un formidable système de contrôle territorial mis en place au lendemain de la croisade contre les Albigeois, afin de mieux surveiller la frontière du royaume de France avec celui d’Aragon. Monuments spectaculaires sur leurs éperons rocheux, ces forteresses incarnent ainsi la puissance dissuasive du royaume capétien et son autorité nouvelle sur le Midi.
Ces édifices furent également adaptés à la géographie escarpée et au relief abrupt de la région. Comme le rappelle l’historien Nicolas Faucherre, soulignant le caractère novateur de ces constructions lancé par le royaume de France, « il a fallu prendre le modèle du Louvre de Philippe-Auguste à Paris et l'appliquer à des sites vertigineux, où on ne pouvait pas développer des plans réguliers, symétriques ».
Une autre condition est posée par l’UNESCO au classement de ces édifices : le terme de « châteaux cathares » doit disparaître.
En effet, pour les historiens, le mot « cathare » n’est pas juste pour caractériser ces monuments. Les dissidents de l’Église de Rome ont, certes, trouvé refuge dans certaines de ces places fortes lors de la croisade, mais ils n’en furent jamais les bâtisseurs. Aucune trace archéologique tangible ne relie directement leur présence à une évolution architecturale spécifique. Ainsi, l’héritage des hérétiques cathares n’est qu’immatériel, spirituel et philosophique, transmis par les témoignages écrits de l’Inquisition et la mémoire des Occitans.
De plus, après leur défaite, ces châteaux furent rebâtis, modifiés, renforcés et intégrés dans le réseau défensif capétien. Parler de « forteresses royales » rend ainsi mieux compte de leur fonction véritable : verrouiller militairement le territoire et incarner l’autorité du roi de France sur une région récemment soumise.
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