Depuis plusieurs années, un mécanisme précis s’est installé dans le traitement médiatique des faits divers violents en France. Il ne relève ni de l’accident ni de la négligence ponctuelle, mais d’une logique désormais routinière. Lorsqu’un homme est poignardé à mort dans l’espace public, la narration se fige presque immédiatement dans une formule neutre et impersonnelle. Un homme, un individu, une personne, parfois un passant. Pas de prénom, pas de visage, pas d’histoire, pas de contexte humain. La mort devient abstraite, désincarnée, presque administrative. Elle est mentionnée, mais elle ne doit surtout pas s’imposer à la conscience collective.
Cette anonymisation n’est pourtant pas appliquée de manière uniforme. Elle apparaît avec une régularité frappante dès lors que la victime appartient au groupe majoritaire ou ne correspond pas aux catégories valorisées par le récit dominant. Dans ces cas-là, l’effacement est quasi systématique. L’individu disparaît derrière la statistique. Sa mort devient un fait parmi d’autres, un épisode banal d’une violence devenue ordinaire.