Par Joie Des Mots
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Ce que je sais de l’Algérie, je l’ai su par les médias, par mes lectures, les discussions avec les copains.
Au temps où j’habitais la cité, chez tonton Ali, j’en avais une perception trop vraie pour être réelle.
Les gens jouaient à être algériens, plus que vérité ne pouvait le supporter.
Rien ne les obligeait mais ils sacrifiaient au rituel avec tout l’art possible.
Èmigré on est, émigré on reste pour l’éternité.
Le pays dont ils parlaient avec tant d'émotion et de tempérament n’existe pas.
L'authenticité qu'ils regardent comme le pôle Nord de la mémoire encore moins. L’idole porte un cachet de conformité sur le front, trop visible, ça dit le produit de bazar, contrefait, artificiel, et combien dangereux à l'usage.
L'Algérie était autre, elle avait sa vie, et déjà il était de notoriété mondiale que ses grands dirigeants l'avaient saccagée et la préparaient activement à la fin des fins. Le pays vrai est celui dans lequel on vit, les Algériens de là-bas le savent bien, eux. Le drame dans lequel ils se débattent, ils en connaissent l'alpha et l'oméga et s'il ne tenait qu'à eux, les tortionnaires auraient été les seules victimes de leurs basses œuvres.
Boualem Sansal
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