Par Joie Des Mots
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Plus encore que la mort elle-même, c’est la disparition des endroits où l’on s’était tellement senti en vie qui glace le sang.
J’apprends que « La Mère Agitée « a quitté le navire… est-ce juste une formule ou a-t-elle disparu pour de bon ? En tout état de cause, c’était une femme solide et généreuse, qui tenait son resto de main ferme et connaissait sur le bout des doigts la clientèle ô combien hétérogène qui s’y rendait pour dîner, comme l’on entre chez des amis, c’est à dire confiant et détendu, l’appétit ouvert par la perspective d’un plat simple et roboratif servi à prix chrétien.
Là-bas, j’ai croisé tous les hauts et les bas de la droite, de l’extrême au centre. Skins repentis, natios dépressifs, monarchistes finis au pipi… mais aussi de vaillants gaillards, sains et joyeux, et quelques intellos drôles et éclairés.
Elle a eu dix autres vies, dont une, bien politique, qui l’avait conduite à l’Assemblée il y a bien longtemps, comme attachée parlementaire me semble-t-il. On avait parlé de tout cela une nuit, après la fermeture, en vidant des godets sur une terrasse gelée de Montparnasse.
Et puis… combien de dîners de soudards à la cave, entre pâté et cornichon, à beugler les chants de la Royale !
Son regard était franc, clair. Et même quand elle nous faisait la leçon, ses yeux riaient encore. Adieu donc, Mère Agitée.
Je suis trop vieux maintenant pour aller jeter mon ancre plus loin. J‘arrive à un âge où le clapot commande. C’est ainsi.
La camarde, même au figuré, a toujours le dernier mot ; s’envolent les bons restos, les patronnes accueillantes, le chant des copains saouls et heureux d’être ensemble.
J.-M. M.
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