Par Joie Des Mots
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Le gros problème : l'américanité.
C'est la tarte à la crème des historiens d'aujourd'hui. C'est un peu, élargie à tout un continent et mise au goût du jour, une sorte de théorie de la frontière.
L'américanité n'est pas la civilisation états-unienne car elle couvre aussi de son aile immense le monde sud-américain. En somme, en Amérique, tout est d'Amérique sauf le Canada français.
Il a beau y être enraciné depuis quatre siècles, il n'en est toujours pas.
L'américanité lui échappe encore et encore.
Pour l'en persuader on distingue l'élite, indécrottablement francophile, et le peuple, prophète bon enfant de l'américanité la plus pure. – La démonstration de l'américanité populaire est un peu rapide, mais on s'en contentera. – Évidemment, ce résultat intéressant ne s'obtient qu'au prix de quelques simplifications et de quelques oublis opportuns.
On avait naguère convaincu cette élite de gallophobie; on l'avait vue se prélasser sans complexe dans le régionalisme ; elle s'oubliait jusqu'à villégiaturer à Old Orchard. Pendant ce temps, aux États-Unis, des universitaires affichaient leur anglophilie ; des peintres, des sculpteurs, des écrivains rêvaient d'un pèlerinage à Paris.
Qu'importe. Il ne s'agit plus de penser l'histoire il faut la changer.
Les historiens organisent alors une petite déportation morale, l'équivalent de l'amnésie collective du temps de la Révolution tranquille.
Mais c'est pour mieux rentrer dans l'américanité.
Le réaménagement de l'histoire n'a pas besoin d'autre justification. On rentrera un peu immigrant ; en tout cas, beaucoup moins Canadien français ; et tellement plus citoyen.
Ce sera un charme pour cette majorité renouvelée et rééduquée de se fondre dans la minorité !!!!!
Pierre Trépanie
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