Par Joie Des Mots
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Renaud ne courut pas longtemps l'angoisse vague de ses camarades plus indolents ou plus riches.
Il ignora ces rêves monstrueux de puissance où s'attardent les adolescents débiles avant d'entrer dans quelque étude d'avoué.
Il resta un enfant curieux de tout, à l’œil exact et implacable.
Doué d'un sens du réel qui abandonne les meilleurs aux environs de la vingtième année, ayant mesuré, d'un coup, vers quelle impasse s'engageaient ceux qui se laisser aller à leurs inquiétudes métaphysiques et tournaient, sans d'ailleurs oser y entrer, autour de la mort, il prit le monde sensible pour ce qu'il vaut.
Tous répétaient à l'envie :
« A quoi bon ? on est vaincu d'avance » ; Renaud, lui, partait de là pour vivre le mieux, c'est à dire le plus vite possible ; il laissa donc les autres au café, occupés à « se définir », ayant rapidement vu que c'est la vie qui définit et le temps qui classe.
Paul Morand
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