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J’étais jeune alors, mais je me souviens assez nettement d’une émission, possiblement un numéro d’Apostrophe, où surgit un homme jeune, chevelu et bavard, que je découvrais et qui n’eut de cesse de cracher sur la France et, en particulier, sur son histoire récente, l’accablant de mille mots très salissants tels que “collaboration”, “Vichy”, “lois raciales”, “Vel d’Hiv”, “colonies”, “oppression”, etc. Cet énergumène aux mèches savamment disposées, n’était autre que Bernard-Henri Lévy, l’auto-proclamé philosophe, issu d’une famille millionaire qui avait, disait-on alors, fait son beurre sur l’exploitation fatale des forêts primaires africaines.
Cependant, l’étiquette de “philosophe” ne lui suffisait pas : il insistait pour que l’on respectât le qualificatif de “nouveau”. Comme s’il s’instaurait une frontière entre l’avant lui-même et l’après lui-même.
Il était là, pensait, déduisait et tranchait, assommant de mots appris un auditoire amusé d’écrivains roués qui voyaient bien que ce petit sachant parisien avait tout du singe de cirque.
Lévy inaugurait ainsi une campagne de dénigrement national bien dégueulasse, basée sur l’exploitation à la fois outrancière et biaisée d’un récit historique choisi, qu’il sur-interprétait dans un théâtre aux accents de procès révolutionnaire. Il séduisait par sa facilité d’élocution, produisant cette faconde très travaillée qui permet aux cuistres de faire oublier la vacuité du contenu en privilégiant les boursouflures du contenant.
Ce Bernard-Henri Lévy de la première époque me revient en tête alors que j’entendais récemment Philippe de Villiers défendre l’idée que le récit historique fonde la mémoire des peuples, qu’il est la seule ressource qui puisse combler les trous béants du présent. Je crois me souvenir qu’il employait l’expression de “ciment contre la dilution”. Comme il a raison de penser cela.
Soyons attentifs : c’est sur sa propre mémoire que la France a d’abord été attaquée par des légions de journalistes, d’écrivains, de “philosophes” précisément, mas aussi d’historiens, parfois anglo-saxons, qui se mirent en quête d’élaborer une croisade outrageusement révisionniste qui n’avait qu’un seul but : abattre l’idée d’une France capable d’assumer l’entièreté de son héritage historique, avec ses moments hauts et ses crevasses terribles, dans le seul but de dénuder tout un peuple. Le “french bashing”, me semble-t-il, a commencé ici. Depuis ce temps, les jeunes générations sont convaincues que seule l’humiliation permanente d’un bilan politiquement minable et humainement monstrueux peut caractériser leur qualité de Français.
L’État a bien repris les choses en main puisque, profitant de l’entreprise de déclassement de l’Éducation Nationale et de ses programmes d’influence et de relégation (il est raisonnable de ne plus employer le mot “enseignement”), il a décidé, une fois pour toutes, de priver les élèves de la république de toute attache historique. Cette éradication du passé – qui n’est plus évoqué que par le truchement de “massacres”, de “commerces honteux” et de “mépris des droits humains”, permet d’élargir encore un peu plus le mythe égalitaire. Plus de Gaulois territoriaux ni de génie romain, mais un pouvoir bourgeois bâtissant sa fortune sur le dos des ouvriers, plus de moyen-âge flamboyant ni de croisades chrétiennes, mais des bûchers inquisiteurs et un pillage en règle des savoirs arabiques, plus d’Aliénor d’A. ni de Godeffroy de B., mais des Rosa L. et des Léon B., pas de sacrifices héroïques dans des tranchées rougies de sang, mais une conquête coloniale raciste et assassine, pas d’héroïne sublime vouée à Dieu et au roi, mais une noblesse oisive et dépensière méprisant le peuple, etc…
Ces mensonges habilement élaborés par de zélés universitaires d’extrême-gauche, non démentis par un cercle parental lui-même décérébré et soumis à un pilonnage médiatique intensif, conditionnent avec succès l’effacement voulu de l’identité nationale. En tranchant les liens entre le peuple et la mémoire collective, c’est à dire entre les acteurs du présent et les témoins du passé, l’État tente de faire disparaître l’espoir de l’horizon crépusculaire des Français.
Supprimer le passé, c’est faire du présent une prison que n’éclaire aucune perspective d’avenir.
J.-M. M.