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Je ne vous explique pas quand on est née en 1939 !!!


La perception que l’on peut avoir de la France aujourd’hui, lorsqu’on a y a vu le jour à l’orée des années soixante, est profondément marquée par la disparition voulue des repères identitaires qui forgent l’unité d’une nation, à défaut de son homogénéité.

La langue, pour commencer, a profondément muté, en ce sens qu’elle s’est appauvrie au fil des décennies, passant de parlers usuels très variés à une langue dont l’uniforme platitude révèle la perte de substance d’un peuple qui a de moins en moins l’occasion de savoir et de transmettre, tout vidé qu’il est par ses écrans vampires, ses médias débiles, ses loisirs idiots, son cinéma vide de sens, sa culture pour tous et, bien entendu, une promiscuité assassine. Le vocabulaire des métiers, par exemple, n’existe plus, simplement parce que ces métiers ont disparu, balayés par la rentabilité, la technologie, l’uniformisation, bref, le progrès.

Les idiomes provinciaux s’en sont allés aux oubliettes, faute de relais et d’héritiers, depuis le grand exode de la ruralité vers les villes standardisées.

La télévision a aussi fait des ravages dans cette France pluriséculaire qui, dans mon enfance, avait recours ça et là à des dizaines de noms différents pour désigner une simple charrue.

La langue des faubourgs, qui a conféré ses lettres de noblesse à l’argot – c’est à dire la forme la plus simple et la plus populaire de la poésie, a fait place au jargon des banlieues, sorte de vomi hybride reflétant à la perfection cette perception binaire du monde qui meuble le quotidien des millions de dégénérés qui la pratiquent. Les apports afro-maghrébins n’en sont pas : ils reflètent juste l’empreinte débile de tant de ces ces néo-colonisateurs dont le QI poussif explique, pour partie, l’ethnocentrisme et la violence.

Les Français ont été et demeurent de très bons clients pour l’idéologie du moindre effort, déléguant les chapitres régaliens à un État défaillant et inefficace, leurs ressources à des financiers rapaces et malhonnêtes, leur intelligence à des systèmes d’exploitation trop bien nommés.

Est-ce d’avoir tant tant travaillé et sacrifié pour devenir une nation historique détentrice, jusqu’en août 1914, d’un héritage intellectuel admirable ?

Je l’ignore.

Mais moi qui ai vu les vestiges de ce monde admirable, qui ai croisé la route d’hommes et de femmes d’un autre temps qui me dessinèrent les contours d’une civilisation fondée sur la conquête et le rayonnement, je me trouve maintenant tout au bord d’une falaise dont personne ne semble redouter la hauteur.
J.-M. M.

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