Par Joie Des Mots
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J'ai vu ma première langue disparaître.
C'était le patois de ma naissance. Les accents chantants, les personnages, les onomatopées, les proverbes, le cantique des jours, tout s'est éteint en deux générations.
Il ne reste rien.
Derrière la langue, qui sonnait comme un cristal inimitable, il y avait un art de dire, un art de rire, un art de pleurer, un art de répondre aux rossignols et aux merles moqueurs, et jusqu'à une manière d'apprivoiser l'ultime.
Avec des gens rudes, simples, qui mettaient de la poésie dans chaque pas, dans chaque interjection et même parfois dans les silences...
Cette langue était rassurante, elle tramait dans la civilité du temps ordinaire un peu d'intemporel, elle tissait en nous, de l'aube au crépuscule, des filaments de l'infrangible qui embellissaient nos vies.
Quand je vois, aujourd'hui, qu'on brutalise la langue française, qu'on en défigure la graphie, qu'on abandonne nos patrimoines aux chardons amnésiques, j'ai peur de revivre le traumatisme en plus grand.
On aura bientôt une France au verbe informe et décousu, à l'art de vivre venu du bled, à la mémoire affaissée dans l'instant, une France de pales métalliques géantes qui tournent au- dessus des témoignages de pierre moussue qui ne veulent plus rien dire.
On aura privé un peuple de ses harmoniques...
Philippe de Villiers
Ma grand-mère était née en 1890, une femme qui n’avait sans doute pas fait beaucoup d’études mais qui avait une classe et une intelligence naturelles. Son Français était émaillé de mots patois et soudain certains me reviennent … J’ai les mêmes regrets que Monsieur de Villiers.
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