Par Joie Des Mots
À Paris, les magnolias ont depuis quelques jours les feuilles plus brillantes. Les cognassiers du Japon et les cerisiers commencent à fleurir. Le printemps revient. En même temps que les touristes.
Les agences de voyages ont dû leur vendre que c’était la saison idéale pour visiter la plus belle ville du monde. Devenue la poubelle ville du monde.
Dans le VIe arrondissement, le quartier de la Monnaie, près du quai Conti, est très prisé. Ils sont nombreux à se promener autour de la rue Mazarine – celle de l’Institut de France, créé par Jules Mazarin – et de la rue Saint-André-des-Arts… devenues des déchetteries sauvages.
Des bacs jaunes obèses débordent, des sacs gris béants, éventrés par les chiens, gisent un peu partout, entassés à la va-comme-je-te-pousse. Des cageots s’ajoutent aux vieux arbres de Noël pelés. Car les écolos si pointilleux avec le tri ont déserté et les bocaux en verre, les contenants en plastique les plus hétéroclites roulent dans le caniveau.
Comme on joue au Mikado, un étudiant vient poser précautionneusement un sac tout en haut de la pyramide bancale, et puisque rien ne s’écroule, il s’en va, satisfait.
Bien qu’il ne fasse pas si chaud, l’odeur est méphitique.
Les mères de famille tentent de dessiner un cordon de sécurité avec leur poussette et les déambulateurs des vieux n’ont plus la place pour passer.
À défaut d’un périmètre bien défini, des riverains astucieux ont rassemblé les immondices contre les chantiers de bric et de broc qui parcourent les trottoirs.
Les uns masquent vaguement les autres, on ne sait ce qui est le plus moche.
Gabrielle Cluzel

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