Par Joie Des Mots
Pour le sociologue Mathieu Bock-Côté, cette alternative ne tient pas : « Nous sommes là dans une forme de darwinisme primaire suivant lequel les “éléments improductifs” ne doivent pas paralyser la société. Mais cette approche déshumanisée, purement économique, oublie que les mesures de confinement visent principalement à éviter un écrasement de nos systèmes de santé, pas à nous enterrer définitivement. » Auteur de Bienheureuse vieillesse, un éloge de l’âge dans une société obsédée par la jeunesse, le philosophe Robert Redeker récuse également ces considérations utilitaristes. Selon lui, les sociétés contemporaines ont à ce point modifié notre rapport à la mort qu’elle nous est devenue étrangère. Il lie cette “éclipse de la mort” - titre de l’un de ses essais - à l’effondrement des systèmes symboliques traditionnels : « La déchristianisation a accru notre désarroi devant la mort. La cessation de la vie n’est acceptable qu’à partir du moment où nous disposons d’une symbolique culturelle forte. »
Pour le philosophe, c’est précisément cette absence de repères qui rend acceptable cette vision comptable de l’humanité où l’homme est réduit à sa valeur nominale — donc à sa “rentabilité” dans un système économique. Aussi, Robert Redeker exhorte-t-il à concevoir le risque économique sous l’angle du sacrifice : « De même que dans les religions païennes ancestrales, on sacrifiait des animaux pour s’attirer la faveur des Dieux, aujourd’hui nous devons sacrifier l’économie pour conjurer la mort. J’y vois une remontée à la surface du fond archaïque de l’humanité. »
https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/eliminer-les-vieux-pour-sauver-leconomie-comment-cette-pensee-carnassiere-infuse-dans-la-societe-118348

Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog