Par Joie Des Mots
Les boulevards sont noirs de monde. On prend pas les mêmes, et on recommence. La manifestation n’était plus seulement jaune, mais aussi rouge de syndicats, blanche de personnels médicaux ; un arc-en-ciel de fonctionnaires et de délaissés. Peu, ou pas de casse. En face, la rhétorique de l’exécutif est aussi prévisible qu’un clown avec sa fleur à eau : « ne pas sous-estimer l’ampleur de la protestation » tout en « restant déterminé sur les fondamentaux ». Jeu de ping-pong: on annonce déjà la prolongation des grèves qui paralysent les transports, blocages qui seront comme toujours désamorcés par quelques concessions dans le projet de loi sur les retraites. Le but est aussi d’arriver à temps pour mettre les pieds sous la table, sans que la bûche de Noël n’ait trop fondu. Mais cette fois-ci, la composition du mouvement contestataire amène à espérer autre chose qu’un bras de fer « syndicats / méchants réformateurs LREM ». L’antagonisme n’est pas uniquement social: il est sociétal, et identitaire.
L’immense dissidence que forment les syndicats, les gilets jaunes, le Rassemblement National et La France Insoumise, est intrinsèquement accordée sur la volonté de défendre un modèle français autre que celui dessiné par les sociales-démocraties, qui n’ont de social que leur nom. La sauvagerie du marché mondialisé, l’absurdité écologique qui en résulte, les privatisations, l’État qui se retire progressivement de toutes les structures qui faisaient la Nation, la dérégulation financière, l’ubérisation, la flexibilité du travail… Tout ça, ils y ont assez goûté sur leur sol ; et en voyant l’exemple allemand, ils disent définitivement « Nein ! ».
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