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C'est vrai, de quoi se plaignent-ils !

Vivement que ça arrive chez nous, Monsieur Gattaz y travaille !!!

Par Jean-Luc Porquet

Et ils ont le toupet de se plaindre ! Voilà des gens que la mondialisation a sortis de la misère. Ils survivaient dans les campagnes arriérées d’un des pays les plus pauvres du monde, le Bangladesh, lorsque des enseignes mondialement connues se sont penchées sur leur sort et leur ont offert un travail grassement rémunéré... Dès l’embauche, 27 euros au minimum par mois, vous vous rendez compte ! Pour 4 millions de ces misérables, une véritable aubaine.

 Certes, fabriquer à la chaîne des pulls, des jeans, des tee-shirts, etc., pour Mango, Benetton, H&M, Walmart, Gap, Zara, Nike, Puma, Auchan, etc. n’est pas de tout repos. On vous enferme dans d’immenses usines construites à la va-vite, comme cet immeuble du Rana Plaza, qui comptait huit étages, alors que la loi exigeait qu’il n’en dépasse pas cinq. Et vous travaillez sans droits ni syndicats. Mais l’important est d’avoir du boulot, non ?

Trois mille ouvrières (c’était surtout des femmes) étaient entassées dans cet immeuble. Quand il s’est effondré, 1 135 d’entre elles ont trouvé la mort, et les deux autres milliers ont été blessées, mutilées. Un an plus tard, ce 24 avril, des milliers de bangladais ont manifesté à Dacca. Le patron de la boîte, un dignitaire du parti au pouvoir, n’est toujours pas inculpé. Et le fonds d’indemnisation n’a encore versé aux victimes et à leurs proches qu’une douzaine de millions d’euros sur les 40 promis.

Mais la chose n’est pas simple. Voyez Auchan : parmi les 29 types d’étiquettes retrouvées dans les gravats il y en avait de sa marque In Extenso. Mais le géant des hypermarchés affirme que jamais il n’a fait travailler les ouvrières du Rana Plaza : c’est son fournisseur bangladais qui a pris cette initiative sans l’en avertir, le sagouin ! Et à Auchan on a autre chose à faire que d’aller vérifier ce que font les fournisseurs dans votre dos. Du coup, le groupe refuse d’abonder le fonds d’indemnisation : logique, non ?

Si nos grandes entreprises commencent à se sentir responsables de toute la chaîne de sous-traitance des produits qu’elles mettent en vente, où va-t-on ? Ne doit-on pas approuver ce gouvernement « socialiste » qui a déjà repoussé à quatre reprises la proposition de loi déposée par une poignée de députés PS, laquelle rendrait les maisons mères responsables au civil et au pénal de tout ce qu’elles font fabriquer ici ou là ? Heureusement que le Medef s’est agité dans les couloirs pour bloquer cette loi qui mettrait le redressement productif en danger…

Les manifestants bangladais ont aussi réclamé de meilleures conditions de travail, et de plus hauts salaires. Mais savent-ils qu’en France la loi votée en 1841 pour interdire le travail des enfants de moins de 8 ans n’a été appliquée que trente ans plus tard, lorsqu’en 1874 fut créé le corps des inspecteurs du Travail ? Paris ne s’est pas fait en un jour voyons… Et il y a du progrès, la preuve : depuis le drame du Rana Plaza, les ouvriers bangladais ont obtenu une augmentation et touchent aujourd’hui 50 euros par mois. C’est énorme !

On devrait envoyer Pascal Lamy et Pierre Gattaz leur expliquer qu’ils ne doivent pas se montrer trop gourmands…

Le Canard Enchaîné N° 4879 du 28 avril 2014

C'est vrai, de quoi se plaignent-ils !

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