Par Joie Des Mots
Blog de Ivan Rioufol
La monarchie républicaine aime la pompe. Le dîner de plus de 150 couverts, offert ce mercredi dans la Galerie des glaces du château de Versailles, le rappellera à la monarchie britannique, qui sait aussi exhiber ses fastes. La visite de Charles III, sur trois jours, vaut bien ces marques d’amitié offertes par Emmanuel Macron au nom de la France. Reste que l’usage de la théâtralité et des mises en scène, dont abuse le chef de l’Etat, viendra souligner encore davantage le mal dont souffre l’Etat : son éloignement toujours plus prononcé de la vie des gens ordinaires. Guy Debord, théoricien de la Société du Spectacle, avait défini ainsi son propos : « Le spectacle en général, comme inversion concrète de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant ». La comédie du Pouvoir est un paravent commode qui obscurcit la vision du monde réel. Il n’est pas certain que les Français, certes toujours sensibles aux références royales, trouvent opportunes ces démonstrations d’un monde non-vivant, en décalage obscène avec les défis que subissent la nation et ses indigènes oubliés. Ces grandeurs affichées, qui offriront homard bleu, volaille de Bresse et flacons sublimes, sont celles d’une France qui dissimule son déclin. Macron espère rehausser sa stature en marchant sur les traces de Louis XIV. Cependant, l’effet recherché risque, au contraire, d’attiser l’irritation grandissante d’un peuple en recherche d’écoute attentive.
Moins que jamais, Versailles n’est la France. Il est loisible de voir une maladresse candide dans ce choix de la ville royale pour distraire l’opinion alors que tout s’effondre.
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