Par Joie Des Mots
On ne peut pas dire que ce livre essentiel ait été étouffé sous les recensions, ni que son co-auteur, Ignacio Ramonet, qui a pourtant réalisé un ouvrage d’une densité rare (il faut dire qu’il n’avait pas en face de lui une coquille vide), ait encombré les plateaux de télévision, ceux des éclats de rire à la Ruquier ou ceux des sourires de connivence à la Busnel. Bref, ces trois années de travail, entre un des grands journalistes français et l’une des figures historiques du monde latino-américain n’ont pas reçu en France l’accueil qu’elles méritaient.
D’emblée, ce qui frappe lorsque l’on aborde la personnalité d’Hugo Chávez, c’est qu’il fut un être hors du commun, non parce que les fées s’étaient penchées sur son berceau (quoique…) mais parce que cet homme, plus intelligent que la moyenne, s’est construit, au prix d’un travail de tous les instants, dans la compréhension très fine du contexte personnel, et aussi historique, qui était le sien. Chávez ne niait pas le déterminisme (son arbre généalogique – père noir, grand-mère indigène, « sagesse de l’Indien, rébellion du Noir », nom d’origine basque – vaut le détour), mais, beaucoup plus importantes pour lui, furent les conditions (les faits et non les fées) matérielles, culturelles et politiques qui lui permirent de se distinguer, de creuser son sillon et de laisser une marque peut-être aussi durable que celle de son modèle Bolivar. Il comprit mieux que d’autres cette belle formule de Marx : « Les hommes font l’histoire dans les conditions que la réalité leur impose ».
Appartenant à une génération qui fut témoin, en Amérique Latine, des pires horreurs des militaires d’extrême-droite aux ordres des États-Unis avec la bienveillance des hiérarchies de clergés locaux
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