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Comme d'habitude ... comme tout ...

On ne sait pas encore si la croissance va vraiment repartir... Ce dont on est sûr, par contre, c’est que les huîtres seront plus chères à Noël. La Faute à « Vibrio aestuarianus ». La méchante bactérie qui fait actuellement des ravages dans les bancs d’huîtres.

De la Bretagne à la Méditerranée, toutes les côtes françaises sont frappées, avec un taux de mortalité qui peut atteindre 65 %. Une cata pour nos ostréiculteurs, qui avaient déjà maille à partir avec OsHV-1, l’herpès des huîtres. Un virus qui, depuis 2008, sévit dans les écloseries, tuant jusqu’à 70 % des jeunes mollusques. À cause d’OsHV-1, la production française a plongé de 130 000 tonnes par an à moins de 90 000. Ne manquait donc plus que la bactérie « Vibrio aestuarianus », qui, elle, s’attaque aux adultes bons pour la commercialisation, ces coquillages de plus de 3 ans qui avaient miraculeusement échappé à d’OsHV-1.

Les choses se gâtent encore quand on découvre que « Vibrio aestuarianus » a un faible pour la triploïde. Rappelez-vous : une huître qu’on a rendue stérile en lui ajoutant une paire de chromosomes. L’avantage de ce bidouillage réalisé grâce à une petite manip chimique : le mollusque grossit plus vite, il faut deux ans au lieu de trois pour l’amener à maturité. Surtout, comme la triploïde ne fabrique pas de semence, elle n’est jamais laiteuse ; on peut donc en vendre toute l’année, notamment l’été aux vacanciers, sous le joli nom commercial d’« huître des quatre saisons ».

Aujourd’hui, 30 % des huîtres qu’on avale en France sont des triploïdes. Et ce pour le plus grand bonheur de l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer, qui a mis au point cette petite merveille et l’a dûment brevetée. C’est ce même Ifremer qui, d’un côté, touche plusieurs centaines de milliers d’euros de rente annuelle et, de l’autre, est chargé d’expertiser les huîtres malades pour savoir notamment si les triploïdes sont plus sensibles à « Vibrio aestuarianus » que leurs cousines à deux chromosomes.

Le verdict des chercheurs, établi à partir des échantillons analysés, est que la bactérie ne fait pas de différence. Ce que contestent les ostréiculteurs, qui dénombrent plus de cadavres dans les élevages de triploïdes. Un malheur n’arrivant jamais seul, voilà qu’on reparle du fameux test de la souris, qui a pendant des années donné de l’urticaire aux ostréiculteurs. Rappelez-vous la menace des micro-algues toxiques qui contaminaient notamment les huîtres du bassin d’Arcachon. Pour y faire face, les chercheurs de l’Ifremer injectaient des broyats d’huîtres dans le ventre des souris.

Si les rongeurs tournaient de l’œil, la vente était aussitôt interdite. Afin de calmer les ostréiculteurs qui dénonçaient un test inadapté, d’autant qu’on ne retrouvait jamais de toxines d’algues lors de l’autopsie des cobayes, l’Agence Nationale de Sécurité des Aliments avait été appelée à la rescousse. Le résultat, qui vient de tomber, plus de sept ans après, fiche la trouille. D’après l’Agence, les souris seraient mortes de « nécrose de la muqueuse intestinale » à cause mystérieuses « molécules polybromées » dont on ignore l’origine.

Quid des dangers pour notre santé d’OsHV-1 et de « Vibrio aestuarianus » ? L’Ifremer assure qu’il n’y a rien à craindre, puis se referme comme une huître...

Le Canard Enchaîné N° 4843 du 21 août 2013
Altermonde-sans-frontières

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