Par Joie Des Mots
Toujours plus de fringues, pour toujours moins cher : nous filons un mauvais coton. Dopée par le culte des marques, notre consommation confine à la frénésie. Nous savons qu’elle a un prix, notamment social, mais nous n’en tirons pas encore les conséquences. Ouvrons les yeux ensemble.
Les soldes n’ont pas marché ? Rassurez-vous, c’est sans doute l’effet de la crise, et non
des représailles à l’effondrement d’un immeuble sur des couturiers bangladais, à la fin du mois d’avril dernier. Il a suffi de crier quelques jours que l’industrie de la mode était pourrie et,
trois semaines plus tard, il était l’heure des bonnes affaires. La globalisation ne date d’ailleurs pas d’hier. « Les vêtements font partie des premiers produits
mondialisés », rappelle l’historien spécialiste de la mode Manuel Charpy. Dès la fin du XVIIIème siècle, le coton venait d’Inde, et au milieu du XIXème un complet bon marché pour homme
n’était déjà plus cousu en France, mais en Angleterre ou en Allemagne, où la main-d’œuvre était moins chère. À cette époque, la durée de vie des vêtements atteignait néanmoins dix ans.
« Non parce que la qualité était meilleure, mais parce qu’on les réparait continuellement », note l’historien. Les métiers de la recoupe, de la retaille, de la
teinture ont disparu. Et à la maison, plus personne n’a le temps de s’y coller.
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