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Eau précieuse ...

gouttes.gif « La soif pour nous, c'est le feu qui brûle la gorge après trois heures d'attente devant le puits, c'est l'angoisse quand le bétail commence à mourir après trois mois de sécheresse », ont expliqué les adolescents maliens présents au Forum Mondial de l'Eau, cette semaine à Marseille (1). En 2010, les Nations Unies ont reconnu que l'accès à l'eau était un droit fondamental. Mais un grand chemin reste à parcourir pour que ce droit devienne une réalité. Aujourd'hui encore « le manque d'eau est une cause majeure de famine et de sous-alimentation », constate la FAO.

C'est le scandale du siècle : environ 800 millions de personnes n'ont pas accès à l'eau potable. C'est environ deux Europe ! On est capable de dépenser une énergie folle pour mettre au point des armes de destruction massive, pour communiquer en une fraction de seconde d'un bout à l'autre de la planète... Mais on reste incapable de donner, à chaque être humain, cette eau saine indispensable à la vie : « La situation est inacceptable, car elle a des effets dramatiques. Les maladies hydriques restent la première cause de mortalité », déplore le président du conseil mondial de l'eau, Loïc Fauchon.

Le forum de Marseille a rappelé que l'eau était précieuse, mais qu'il fallait inverser les évolutions inquiétantes. Car les ressources se dégradent au Nord. Elles manquent toujours dans de nombreux pays du Sud. Des experts pensent même qu'aux environs de 2030, la moitié de la population vivra « dans des zones de stress hydrique ».

Des actions vont être entreprises dans certains pays. Mais partout, la lutte contre le gaspillage s'impose : « Le premier gisement d'eau potable se trouve dans nos tuyaux », affirme au journal Les Échos, Christian Laplaud, du groupe Arteo : un million de litres par seconde s'échapperait des systèmes de canalisation et, en France, ce gaspillage représenterait, d'après Les Échos, l'équivalent de trois siècles de consommation d'eau en bouteille !

Des recherches sont à mener pour mettre fin à l'usage des polluants qui gâchent cette ressource, pour traiter les eaux usées, mettre les technologies de pointe au service de l'irrigation, développer des infrastructures et l'assainissement... À ces questions s'en ajoutent au moins deux autres. Comment faire pour que les habitants des bidonvilles puissent bénéficier de ces progrès ? Comment les États qui se partagent les mêmes fleuves peuvent-ils coopérer au lieu de profiter de leur avantage au risque d'assécher leurs voisins ? En effet, dans certaines régions du monde, la tension monte dangereusement. Au point que certains n'hésitent pas à parler de guerre de l'eau.

Il est urgent de se mobiliser pour relever ces défis. L'eau est un trésor irremplaçable qui nous est donné pour prendre soin de la vie. L'eau qui apaise et purifie, l'eau qui s'écoule comme le temps rappelle à notre siècle inquiet, l'humble chemin de la paix.

(1) Ouest-France, 13 mars 2012.

Jeanne Emmanuelle Hutin
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