Par Joie Des Mots
En Mayenne, l'aventure a démarré il y a douze ans, sous l'impulsion de Martine Le Gall. Petite-fille de « paysannes », cette alerte sexagénaire a racheté une ferme dans la forêt de la Charnie. « Comme les terres qui entouraient la fermette étaient oubliées depuis trente ans, on a pris un cheval de trait breton et des ânes normands pour ouvrir le milieu, puis des chèvres des fossés pour continuer de déboiser. »
Vente de viande, de laine...
Martine Le Gall voulait sauvegarder d'anciennes races de la ferme. « On savait qu'on ne les sauverait pas seuls. Alors, on a cherché des partenariats. » La Maison du patrimoine de Locarn (Côtes-d'Armor) est la première à prêter des terres aux chèvres. Depuis, l'entretien des tourbières se poursuit de juin à septembre. Y compris avec des boucs qui « permettent de constituer le patrimoine génétique vivant ».
Aujourd'hui, le conservatoire de la Charnie compte 500 animaux ¯ des ânes normands, des vaches, des porcs de Bayeux, une trentaine de races de poules ¯ qu'il place gracieusement. Charge aux sites partenaires (Natura 2000, collectivités, association d'accueil d'adultes handicapés, sociétés privées...) de « faire des clôtures, des abris et des visites quotidiennes ».
Cinquante chèvres des fossés, des moutons, des vaches froment du Léon (« il n'en reste que 247 dans le monde ») et une bretonne pie noire entretiennent ainsi une vingtaine d'hectares de l'ancien site militaire du 42e RT, à Laval.
Des chèvres et des boucs broutent les collines de déchets, enherbées et peu accessibles, sur le site de Séché environnement. Aux portes de Laval, cette société mayennaise ¯ troisième opérateur français dans le traitement des déchets ¯ n'a pas attendu la création du conservatoire de la Charnie pour s'intéresser à la préservation de la faune et la flore. Ses 170 ha constituent un exemple rare de partage d'une activité économique et d'un espace naturel.
Dès 1999, Jean-Luc Meulan, l'un des cinq naturalistes de l'entreprise, a introduit des boeufs highland cattle (neuf femelles) sur des parcelles protégées, laissées en jachère avant leur réhabilitation. Tous les ans, un comptage est effectué sur une vingtaine de points d'observation pour mesurer l'impact de l'activité économique « sur la biodiversité floristique et faunistique ».
Éco-paturage et activité économique peuvent faire bon ménage. Mais le recours aux animaux ne pourra se pérenniser qu'à travers une filière et des débouchés : vente de viande, de laine...
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