Par Joie Des Mots
Par Christophe Leclaire
On aurait tort de l’oublier : Emmaüs n’est pas une planète isolée, idyllique, aux confins d’une
galaxie vertueuse. Bien au contraire. C’est une bulle bien terrestre, bien humaine, qui s’est formée dans l’urgence lors du fameux hiver 54 sous l’impulsion à la fois charitable et rageuse de
l’Abbé Pierre, un indigné avant la lettre. Elle était un élan spontané du cœur humain, qu’importe sa religion, en réaction aux infamies dont l’humain lui-même est capable à la moindre
opportunité. Emmaüs était une éruption de l’âme et de l’esprit, un projet spirituel et pragmatique, une « insurrection de la Bonté », comme on le disait à
l’époque, dans un monde qui se reconstruisait sans se soucier, comme toujours, des plus vulnérables qu’il abandonnait à la mort sur les trottoirs glacés. Le cri de l’Abbé Pierre, en ce 1er
février 1954, ranima chez les gens une petite lumière endormie qui s’appelle « la conscience », la conscience que tous les êtres sans exception, même les plus
miséreux, même les plus en souffrance, sont des humains comme tous les autres, et qu’ils ont eux aussi le droit de vivre avec un minimum de dignité et de ressources sur cette terre qui appartient
à tous. C’est ce cri entendu, ce réveil de la conscience collective, qui scella la naissance d’Emmaüs.
Altermonde-sans-frontières
Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog