Par Joie Des Mots
Nantes. Depuis 3 ans, une famille squatte le T2 d’un yogi « trop gentil »
« Gentillesse excessive », résume le médecin traitant d’un retraité nantais. Adepte de la méditation et du yoga, il voit son appartement occupé depuis trois ans par une famille de cinq personnes.
Imaginez. Vous invitez des copains à passer un week-end chez vous. Trois ans plus tard, ils sont encore installés dans
votre chambre et vous demandent d’aller crécher ailleurs. Une histoire à dormir debout ? Allez dire ça à René C. Il ne rigolera pas. Heureusement, il est yogi. Sa passion pour la
méditation lui interdira de sortir de ses gonds.
L’engagement spirituel et méditatif de ce Nantais, père hindou, mère bretonne, se retourne contre lui. Car il est décidé, en toutes circonstances, à ne conduire aucune mauvaise action.
« Sa gentillesse excessive » fait de lui, selon un certificat de son médecin, « une proie facile » pour « les sollicitations
de prédateurs ».
« Ne pas engendrer des souffrances »
Dans l’histoire de ce bon yogi, une misère croise une détresse. Lui vit chichement dans un T2 de la cité de la Bottière, à Nantes. À 65 ans, il émarge à 620 € par mois, la maigre
retraite d’une vie dans le bâtiment.
Fin 2009, une connaissance lui demande s’il peut héberger une famille d’Algériens pour quelques nuits. C’est l’hiver, il fait froid. Le couple et ses deux enfants se trouvent à la rue.
« J’ai dit oui pour trois jours », soupire René. Trois ans et demi plus tard, ses « invités » sont toujours là. Un troisième enfant est
né.
« Ils vivent dans la chambre, se lamente le bon samaritain reclus dans l’autre pièce. Mais 9 m2, même avec la cuisine en plus, c’est insuffisant !
L’autre jour, ils m’ont demandé si je ne voulais pas aller dormir en foyer pour leur laisser de la place… » René a gentiment décliné la proposition, mais avec un zeste
d’agacement. D’autant que la famille ne participe plus aux frais… « Je ne demandais que 2,60 € par jour… »
Pourquoi René ne met pas promptement un terme à cette histoire qui le mine ? Changer les serrures ? Déposer plainte ? « Le problème, souffle une personne qui le
connaît bien, c’est qu’il ne va pas au bout de ses démarches. La police s’est déplacée mais il est revenu sur ses déclarations pour éviter des problèmes… Le préfet lui a conseillé de lancer une
procédure d’expulsion : il n’a pas fait réaliser de constat d’huissier. » « C’est 240 € et je ne les ai pas, rétorque l’intéressé. Et je veux éviter les
tensions sur la planète, ne pas engendrer de souffrances. » Il sait très bien à quoi sa plainte pouvait exposer une famille qui n’avait pas de papiers…
Cette « gentillesse excessive » pourrait déboucher sur une demande de curatelle. Peut-être le seul moyen de protéger René contre les gens qui abuseraient de lui. Son
assistante sociale tenterait de décrocher un financement pour payer l’expertise médicale préalable.
La curatelle permettrait à d’autres de mener à sa place les douloureuses actions pour faire cesser cette situation. Sans que René n’abîme son âme de bienfaiteur. Il croit d’ailleurs toujours en
un règlement amiable. Hier matin, il a obtenu la garantie que la famille avait enfin trouvé un appartement et allait partir prochainement. C’est un homme qui souffre de ne pas vouloir faire de
mal.
Thomas HENG.
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