Par Joie Des Mots
Quatre ministres viennent de réclamer une accélération de la « transition écologique », et parmi eux, Le Foll, censé s’occuper d’agriculture. Le blème, c’est que Le Foll a une idée très personnelle du sujet. On a beau savoir que le faux et la novlangue ont partout triomphé, on reste béat d’admiration. Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, est désormais un partisan de l’agroécologie et de l’ « agriculture écologiquement intensive » ou AEI pour les intimes. La grande farce est née pendant le Grenelle de l’environnement, à l’automne 2008. Sarkozy avait alors décidé de faire un show à l’américaine, jurant que la France se lançait dans une vaste « révolution écologique ». Qui s’en souvient ? Personne.
Du côté de l’agriculture industrielle et de la FNSEA, on savait depuis
un moment que le modèle n’avait aucun avenir. Les sols ne peuvent éternellement supporter tant de milliers de tonnes de pesticides et d’engrais. Et la société commençait à ne plus vouloir
ingurgiter toutes les merdes produites. En clair, il fallait ripoliner le système. On appelle cela, dans les officines spécialisées, « travailler sur l’acceptabilité sociale ». Et c’est alors que vint l’impeccable Michel Griffon. Ingénieur agronome, économiste, il a
fait toute sa carrière dans les administrations, par exemple au ministère de la Coopération, entre 1982 et 1986, où il occupait le poste stratégique de « secrétaire des
programmes ». On ne présente plus ce magnifique ministère, ni son rôle réel, notamment en Afrique. Donc, Griffon. Il propose au cours du Grenelle une audacieuse formule citée plus haut,
« l’agriculture écologiquement intensive ». Le principe en est simple : il faut produire de
plus en plus, et donc intensifier encore, mais dans la propreté s’il vous plaît. Comment ? C’est une autre histoire. Quelques colloques et branlotages plus tard, Le Foll achète la
marchandise. Il participe ainsi, en septembre 2010, à un débat loufoque sur le sujet avec deux manitous de l’agro-industrie, Christian Pees – coopérative Euralis – et
Christiane Lambert, cheftaine de la FNSEA. Ce bastringue n’interdit évidemment ni les pesticides ni les OGM.
Fabrice Nicolino
Altermonde sans frontières
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