Par Joie Des Mots
"J'ai revécu mes cinquante ans de mariage ! » Un peu groggy, Michel (1), un
septuagénaire, se relève doucement, sans aide. À la polyclinique de l'Atlantique, près de Nantes, il vient de se faire opérer de la cataracte, sans aucune injection de substances anesthésiantes,
ni avant ni pendant l'intervention : juste sous hypnose.
Ce mercredi-là, après lui, Martine a tenté la même expérience : « Je n'ai pas eu mal, mais j'ai senti quand même... » Comme Michel, elle rentrera
chez elle dans une heure sans passer par la salle de réveil.
Un état modifiéde conscience
C'est au tour de Denise. « Ensemble, on va aller à Malte. Pour se préparer, on va adopter une respiration calme. » Jean-Pierre Le Brun-Cordier, l'hypnothérapeute,
rencontre l'octogénaire qu'il a eue au téléphone 48 heures plus tôt. Elle lui a raconté le moment heureux qu'elle aimerait revivre : son voyage à Malte.
Au bloc, l'équipe l'accueille avec une grande douceur, lui pose le casque sur les oreilles. Isolée des bruits extérieurs, la patiente n'écoute que la voix chaude et enveloppante qui, sur une
musique douce, lui explique chaque acte du chirurgien, encourage, emploie des mots positifs. Faire confiance et se laisser guider.
L'oeil rivé sur le rythme cardiaque et la tension de la patiente, Jean-Pierre Le Brun-Cordier poursuit son monologue, l'emmenant progressivement vers cet état modifié de conscience
« qui empêche la douleur d'atteindre le cerveau. Il se focalise sur autre chose ».
Pendant que Pascal Pietrini, le chirurgien, transperce la cornée, l'hypnothérapeute évoque « la blancheur des pierres de La Valette, le linge qui sèche... » Autour
d'eux, sous les lumières blafardes, tout est tranquille. Le personnel du bloc, très zen, communique par gestes. Une vingtaine de minutes plus tard, l'intervention se termine et la patiente
reprend gentiment contact avec la réalité.
Rien à voir avec l'hypnose de spectacle. Il s'agit ici d'hypnose médicale suggestive qui demande une formation indispensable. Mais elle suscite toujours méfiance et moqueries.
Faisant fi des critiques et des menaces, Pascal Pietrini, ophtalmologiste, et son équipe vont plus loin en l'utilisant comme technique d'anesthésie, sans autre produit. Le spécialiste a réalisé
plus de 600 interventions de la sorte. Il vient même de déposer un brevet de l'hypnose pure, sans injection. Et un institut de recherche et de formation a ouvert à Nantes.
« L'hypnose supprime le risque vital et les effets secondaires possibles avec toute anesthésie. De plus, le patient, qui est acteur et volontaire, revit un beau moment de son
existence », explique le médecin. Il est persuadé que l'hypnose pourrait servir plus régulièrement pour de nombreux autres actes chirurgicaux :
« Cette technique marche, elle ne peut pas rester ignorée. Il faut que les patients en profitent. »
Magali GRANDET.
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