Par Joie Des Mots
par Ivan Rioufol
Les politiques ne peuvent se méfier du peuple et s’étonner quand ce dernier leur tourne le dos. La forte abstention (68%), dimanche au premier tour des élections régionales, est le résultat d’une crise démocratique. Celle-ci couve depuis des décennies. Elle n’a toujours pas été analysée ni corrigée dans ses ressorts. L’hystérie antipopuliste, portée par un Système éloigné de la vie des gens, fait partie des raisons de ce « non-vote sanction » (expression de Jérôme Jaffré, ce lundi sur Europe 1). Sous la république romaine, la plèbe se retirait sur l’Aventin quand elle entendait contester le patriciat. Cette même protestation se renouvelle, dans une sécession électorale qui mêle colère et indifférence. Lorsqu’un peuple ne participe plus au processus électoral, il est loisible de voir dans ce choix une insurrection civique. Ce message mérite mieux que les explications paresseuses mettant en cause la peur persistante du Covid ou les aléas dans les distributions des professions de foi des candidats. C’est la classe politique, dans son ensemble, qui est sommée de s’interroger sur ses insuffisances et son incapacité à s’adresser à une partie désormais majoritaire de la population. La démocratie française ne peut persister à fonctionner au gré de scrutins de plus en plus minoritaires. Pierre Vermeren rappelle ainsi (1) qu’en 2020 Martine Aubry a été réélue maire de Lille avec 12,36 % des inscrits, mais seulement 1,31% des habitants de Lille-Métropole. Des exemples similaires sont nombreux.
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