Par Joie Des Mots
L’affaire est entendue : notre société est tourmentée par plusieurs crises simultanées. L’on parle abondamment de la crise
économique ou de la crise sociale, un peu moins de la crise politique , moins encore de la crise écologique. Et si la crise de la culture était de loin la plus grave, celle qui amputerait profondément notre capacité à soigner tous nos
maux ? La culture d’une nation est ce qui permet à ses membres d’emprunter au passé régulièrement revisité la force de vivre paisiblement le présent et de préparer intelligemment le futur. Au
cœur de la culture l’on trouve le savoir et ses lieux d’acquisition. Au commencement est donc l’École. C’est peu dire que cette institution maintes fois « réformée » est aujourd’hui en crise. Et
peut-être pas d’abord pour les raisons les plus communément admises. Apprendre – tout comme s’informer – dans une société devenue paresseuse apparaît désormais par trop fatiguant à la plupart de
nos congénères.
Les élites qui gouvernent notre société, elles-mêmes bien moins cultivées que leurs devancières, ont-elles intérêt à résoudre
la crise de la culture ? Rien n’est moins sûr, hélas ! Imaginons que nos citoyens en herbe ou déjà avertis de la chose politique découvrent les splendeurs, aujourd’hui largement oubliées, du
subversif Octave Mirbeau. Ils tomberaient par exemple sur « La grève des électeurs », ouvrage publié en 1888 et dénonçant la mascarade de l’électoralisme. À l’heure du hollandisme mou succédant
au sarkozysme gesticulateur, des conflits d’intérêts multiples, du bradage du bien commun , ce livre somptueusement écrit et sur lequel l’histoire du XXème siècle n’a laissé aucune ride, ferait
de sérieux ravages. Un monde nouveau pourrait en sortir. Qui osera ouvrir cette boîte de Pandore ?
Yann Fievet
In Le Peuple Breton N° 588 – Juin 2013
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