Par Joie Des Mots
Par Patrick Pelloux
Héloïse a 24 ans. Elle a toujours voulu faire ce métier d’infirmière à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Elle a payé ses études en faisant de petits boulots et, à ses heures libres, elle filait à la caserne pour être sapeur-pompier volontaire. Son métier, c’est sa vie, ou le contraire…
Depuis deux ans elle bosse dans un service de chirurgie et elle en a marre. Pas du métier. Pas des malades. Pas des familles. Pas de l’impolitesse de rares crétins. Pas des moments difficiles, comme lorsqu’elle prépare les cadavres avant leur aller simple pour la morgue. Elle en a marre de ses deux heures de transport par jour, parce que se loger à Paris est impossible. Marre de devoir remplacer le manque d’effectifs. Marre du matériel défectueux. Marre des rendez-vous annulés pour les malades… et du scanner qui est en panne. Marre de ne pas voir un peu de douceur dans l’hôpital, qui annonce encore des économies.
Avec ses 1 500 euros par mois, elle doit choisir : sortir au théâtre ou boire de la bière. Sa vie est difficile au quotidien, comme pour beaucoup, mais elle ne la changerait pour rien. Elle en fait, des heures supplémentaires, même qu’elle voudrait bien qu’on les lui paie, mais sa cadre a reçu des ordres d’en haut : il faut faire des économies. Alors elle les met en jours de RTT… Un leurre ! Elle peut rarement les prendre, elle en a même perdu l’an dernier à cause d’une erreur de logiciel. Elle a l’impression de faire 35 heures par jour certaines journées, tellement il y a de boulot par manque de personnel. Héloïse est gentille, alors quand il manque quelqu’un dans le service, elle reste. Mais elle n’en peut plus de ces conditions de travail, de cette organisation kafkaïenne, d’une hiérarchie fantôme et maladroite.
Héloïse le vit comme un irrespect de son travail. Elle rêve de changer le logiciel de l’ordinateur avec un marteau, elle rêve de réparer le scanner qui est en panne, que le malade monte au bloc à l’heure, que l’interne réponde, que les médecins viennent à l’heure… la liste est longue, alors ses jours de RTT, elle y tient plus que tout, juste pour pouvoir vivre un peu. Elle songe parfois à tout plaquer et à s’installer en libéral…
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