Par Joie Des Mots
Avez-vous déjà entendu parler de l’ « Association Européenne de promotion de la pêche durable et responsable » ? Ne vous y trompez pas, Blue Fish, de son petit nom, n’est pas vraiment un repaire d’écolos. C’est le bras armé des groupes de pêche industrielle pour mener des actions de lobbying à Bruxelles. Depuis un an et demi, les gros armateurs ferraillent contre un projet de la Commission européenne : interdire le chalutage en eau profonde.
Surtout, d’ailleurs, grâce à Intermarché ! En effet, la plus grosse flotte, six chalutiers de grands fonds affichant jusqu’à 46 mètres de longueur, est armée par le Groupement des Mousquetaires, à qui appartient Intermarché, et dont la compagnie La Scapêche, prélève 85 % des poissons d’eau profonde que l’on nous sert sur les étals… Les arguments de ces joyeux lobbyistes ont fait mouche auprès de notre ministre de la Pêche, Frédéric Cuvelier, qui s’est tellement démené qu’à Bruxelles la France a été le seul pays (avec l’Espagne) à voter, en juin 2012, contre le projet de règlement de la Commission européenne visant à interdire le chalutage des grands fonds. La balle est désormais dans les filets du Parlement européen, avec un vote prévu le 20 décembre.
Cette technique consiste à racler les fonds marins jusqu’à 1,5 kilomètre de profondeur, avec des filets de 150 mètres de largeur lestés par des plaques métalliques de plusieurs tonnes. Ce qui permet de remonter 60 tonnes de poissons en vingt minutes, dont plus de 10 tonnes de bestioles invendables ou appartenant à des espèces protégées, les quelles sont illico rejetées à la mer plutôt mortes que vives. Bref, une pêche toute en douceur, dont la France est la championne européenne.
Détail croquignolet : pour tracter les énormes filets, il faut de gros moteurs gourmands en gasoil. Comptez environ 3 litres par kilo de poissons capturés, soit cinq fois plus qu’une pêche normale. L’opération étant très dispendieuse, elle est très subventionnée. En dix ans, la compagnie de pêche des Mousquetaires a avalé près de 10 millions d’euros de subventions. Autre détail : la Commission européenne propose de reconvertir les bateaux en palangriers pour une pêche industrielle à la ligne, qui nécessite six fois plus de marins.
Encore mieux que les emplois aidés pour inverser la courbe du chômage !
Le Canard Enchaîné N° 4858 du 4 décembre 2013
Altermonde-sans-frontières

Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog