Par Joie Des Mots

Je suis ce chant dont on ne peut retirer un mot,
ce fil torsadé dont on ne peut retirer un bout.
Si je ne vous plais pas — ne me chantez pas,
si je ne < mot manquant > — ne me revêtez pas.
Mais de grâce n’essayez pas de corriger :
ceci n’a rien d’humain, mais tout de divin :
viendra l’heure — où moi-même
(c’est-à-dire par un autre vouloir !)
je délierai, dénouerai, déploierai :
livrerai mon chant à tous les vents, mon fil - à tous les nids.
Ce sera l’heure de ma mort, de ma naissance dans une autre vie.
Mais pour l’instant c’est soudé, noué, couplé —
ne m’approchez pas,
cela signifie seulement que je suis encore vivante.
Marina Tsvetaeva
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