Par Joie Des Mots
Les religions apaisantes et miséricordieuses du monde, celles qui irradient chaque partie de l'être humain - en Égypte, en Inde, en Chine - ont accordé au principe féminin de la création au moins autant d'importance qu'au masculin ; elles se seraient moquées d'une philosophie qui aurait échoué à tenir compte des deux.
Celles-ci furent toutes des communautés d'obéissance, selon la formule de H. G. Wells. Au contraire, les sociétés agressives, nomades - ce qu'il appelait des communautés de volonté - Israël, l'Islam, le Nord protestant, tenaient leurs dieux pour masculins. Et l'on doit remarquer ce fait bien établi que les religions purement masculines n'ont suscité aucune illustration religieuse, qu'elles l'ont d'ailleurs spécifiquement interdite la plupart du temps.
Le grand art religieux de ce monde est étroitement lié au principe féminin.
Certes, le catholique ordinaire priant la Sainte Vierge n'était pas conscient de tout cela ; il ou elle ne s'intéressait pas aux problèmes théologiques vraiment déroutants présentés par la doctrine de l'Immaculée Conception.
Il ne savait qu'une chose : les hérétiques voulaient le priver de cet être doux, compatissant et proche qui intercéderait pour lui comme sa mère l'eût fait auprès d'un maître trop dur.
Kenneth Clark - Civilisation
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