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La fierté ouvrière ...

La reconquête de la fierté ouvrière

J’ai récemment croisé le père d’une ancienne copine de classe de ma fille. Généralement, on prend des nouvelles réciproques et on se congratule d’avoir des enfants qui suivent une bonne scolarité sans trop faire de vagues, ce genre de choses. Assez rapidement, il m’annonce que sa fille est en pleine forme : elle a obtenu une dérogation pour être apprentie esthéticienne. Et là, je me suis rendu compte que mon premier réflexe — celui pour lequel tu n’as précisément pas besoin de penser — aurait été de demander s’il y avait moyen de revenir à la filière générale. Pourquoi ? Parce que la filière professionnelle — et plus particulièrement l’apprentissage —, en France, c’est la voie de garage, la sanction de ceux qui échouent à la grande sélection scolaire. Alors, j’ai pris le temps de réfléchir et j’ai juste demandé si ça se passait bien pour elle.

Eh bien oui, elle est heureuse, ça lui plait, c’est ce qu’elle avait envie de faire depuis toute petite, sa maitresse de stage est ravie : elle n’a jamais rencontré une jeune fille aussi motivée, aussi épanouie et aussi douée dans le métier. Son père était fier comme un pou et je les ai donc chaleureusement félicités pour ce choix judicieux.

Et s’ils avaient cédé à la pression sociale du Bac à tout prix et de la filière générale, à cette injonction de mieux se soumettre au parcours du combattant pour mieux être catalogué et rangé à sa place bien délimitée ensuite, je crois qu’il m’aurait raconté une tout autre histoire. Celle d’une gamine qui va au collège à reculons, qui ne voit pas l’intérêt de ce qu’on veut lui faire ingurgiter de force, qui serait au mieux dans l’ennui et la passivité et plus probablement dans la colère et la révolte. Dans une belle spirale de l’échec.

Mais on est tellement conditionnés au bon vieux : « passe ton Bac d’abord ! », même si les étagères de Pôle Emploi dégueulent de bacheliers et plus qui prennent la poussière en attendant qu’on les force à prendre un de ces boulots qu’on leur décrivait « de merde » mais qui sont surtout suffisamment déconsidérés pour qu’on puisse les sous-payer.
http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article34645
Et dans cette course malsaine au dénigrement de la pénibilité du travail, les femmes, comme toujours, ont l’habitude de décrocher le pompon plus souvent qu’à leur tour. Savoir qu’il existait des formations de manutention de malades, m’a rappelé ce couple de prolétaires où tout le monde admirait la force de l’homme, ouvrier du bâtiment, qui soulevait sans broncher ses 50 kg de ciment, sans aucune considération pour sa femme, une aide-soignante toute menue, qui se coltinait chaque jour (et parfois la nuit aussi) de grands corps malades dont la plupart étaient plus lourds qu’elle.

La fierté ouvrière ...

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