Par Joie Des Mots
Par Gérard Charollois
Si la chasse, mort loisir, recrute ses adeptes dans une ruralité vieillissante et désuète, la corrida, mort spectacle, recueille des amateurs mondains, urbains, snobinards à souhait, parfois « cultureux », parfois issus du monde politique, des importants des médias, du spectacle et même des lettrés. C’est que la tauromachie représente « une culture », « un art », une symbolique de l’homme contre la bête, du courage face à la mort donnée et tout un verbiage fumeux et imposteur.
À l’instar des jeux du cirque, où s’affrontaient des gladiateurs esclaves ou prisonniers vaincus, la scénographie sanglante des arènes ne sera jamais qu’une séance publique de torture d’un herbivore, pour faire frissonner une foule malsaine. Ici, rien d’autre qu’une agonie cruelle érigée en jouissance sadique. Les piques qui déchirent les chairs, les coups, les crochets plantés dans le corps, les épées qui perforent les poumons, le sang qui étouffe l’animal, tous ces sévices infâmes procurent à ces inquiétants spectateurs des transes hideuses. Qu’importe le lyrisme de pacotille de ces sadiques qui n’excuse pas plus leur crime que l’éventuel talent littéraire du marquis de Sade atténue l’horreur de ses assassinats.
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