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Le chocolat va se faire rare ... donc cher !

Organiser la pénurie ?
Comme pour la santé, il y aura deux chocolats, l'industriel pour les peuples, le délicieux, l'unique, pour les riches !

Aujourd'hui, 95 % de la culture des cacaoyers est assurée par une agriculture familiale paysanne vivant sur des plantations de un à trois hectares, rarement plus, en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie. Il existe trois variétés de cacaoyers : le criollo qui produit un cacao fin et délicat ; le forastero - c'est le gros de la troupe (90 % de la production mondiale) et le plus rustique - ; ainsi qu'un hybride des deux précédents, le trinitario dont les fèves, les plus aromatiques, sont très prisées. Le forastero nacional, produit en Equateur, est un des plus recherchés. Au cours du 20ème siècle, la production de cacao, soumise à une demande croissante, a été multipliée par 25. Or, le succès du chocolat, paradoxalement, pourrait aussi bien conduire à sa perte.

En Equateur où les grandes plantations de cacaoyers datent souvent de l'après-guerre, les arbres sont vieillissants et leur production en déclin. Les arracher, comme les vieux cépages dans un vignoble, c'est accepter d'attendre sept ou huit ans que la nouvelle plantation soit en état de produire les cabosses et leurs précieuses pépites. Dans les années 1970, un chercheur en arboriculture a créé un hybride de cacaoyer particulièrement précoce, résistant et productif, baptisé CCN 51 ou Don Homero, du nom de son inventeur, Homère U. Castro. Après le bouleversement climatique d'El Nino en 1995-1996, qui a détruit une grande partie des cacaoyers du Pérou et de l'Equateur, cet hybride a été planté, dès 1997, et a donné des résultats spectaculaires. Non seulement il est productif après deux années seulement, mais la quantité de cabosses est environ quatre fois supérieure à celles produites par l'ancienne variété.

Déjà 35 % des anciennes plantations ont été remplacées en Equateur. L'Indonésie aussi s'emploie activement à utiliser cet hybride miracle. « Le problème, dit Pierre Marcolini, est que cette nouvelle race aux cabosses séduisantes ne possède aucun des arômes qui font un grand cru de chocolat. » Le risque est donc de voir les industriels, en pesant sur les prix, privilégier la quantité de cacao sur la qualité des fèves, et accentuer ainsi le clivage entre une production de masse médiocre et une production de niche de qualité. Ensuite, il suffira d’aromatiser chimiquement le chocolat, comme cela se fait déjà. «  Dans 30 ans, puisque la diffusion de l’hybride, s’accentue, nous n’aurons plus de crus de qualité » prophétise Pierre Marcolini, qui garantit aujourd’hui à ses petits producteurs un prix d’achat supérieur au cours du marché des matières premières.  Là n'est pas la seule conséquence de la prolifération du CCN 51. Ce nouveau cacaoyer, très résistant, n'a cure de la pénombre procurée par les arbres centenaires de la forêt tropicale. Il pousse en plein soleil. On procède donc pour le replanter à une déforestation massive. Et déjà, de nouvelles maladies apparaissent qui appellent des traitements chimiques que les cacaoyers ignoraient jusque-là. Oui, le chocolat est en danger !

Jean-Claude Ribaut (extrait)

Le chocolat va se faire rare ... donc cher !

 

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