Eklablog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Header cover

Le grand abandon ...

Par Yann Fiévet

Plus personne ne regrette vraiment ce que l’on nommait autrefois « la rentrée sociale ». Plus personne ne la regrette car plus personne n’a gardé le souvenir de ce qu’elle signifiait profondément. Après l’été des « congés payés – autre vocable à l’usage aujourd’hui désuet – le temps du retour aux réalités nécessairement conflictuelles du monde du travail revenait comme un rituel légitime. Quand les « classes laborieuses » commencèrent de baisser leur garde face au patronat revanchard un vocabulaire et une rhétorique plus conformes à l’air du temps apparurent. On ne parla plus que de « partenaires sociaux » car désormais nous devons tous admettre que « nous sommes tous dans le même bateau ». Nous avions donc tous oublié la rentrée sociale depuis longtemps lorsque les calendriers du gouvernement et du patronat coïncidèrent brutalement à la fin du mois d’août dernier pour nous offrir une terrible rentrée.

Après avoir promptement écarté ceux de ses ministres qui s’étaient autorisés à douter publiquement de la pertinence de sa politique, Manuel Valls se rendit presqu’illico à l’université d’été du Medef. Il y déclara sa flamme sans ambages. Son « j’aime l’entreprise » est déjà passé à la postérité. Une déclaration d’amour qui réussit même à surprendre, par la violence apparente du sentiment qui la porta, nombre de citoyens déjà sans illusion aucune quant à la psychologie profonde du personnage. Manuel Valls n’a pas dit « j’aime les entreprises », ce qui aurait laissé ouverte la porte sur la grande diversité du monde de la production. Il n’a pas dit qu’il aimait certaines entreprises, ce qui nous aurait permis de supposer qu’il ne les confond pas toutes dans un grandiose blanc-seing délivré à l’encontre de leur action. Nous comptons pourtant plus de deux millions d’entreprises en France, la plupart de taille modeste, dans des branches aux réalités économiques et sociales fort contrastées. Et voilà que notre Premier ministre les embrasse toutes au comble d’une étreinte virile que tous les grands médias surent relayer. Il aime l’entreprise, point barre ! Même le célèbre Raymond, en son temps « premier économiste de France », ne s’était jamais risqué à afficher une aussi impudique conduite. C’est sans doute qu’il avait le sens du ridicule dont son successeur est à l’évidence fièrement dépourvu. C’est l’entreprise, entité abstraite recouvrant le sort – trop souvent peu enviable – de millions de salariés, qui émoustille l’amoureux transi. On cherchera vainement le mot travail dans son discours à l’aréopage patronal rassemblé sur le campus d’HEC. Le mot capital, en revanche, y figure plus qu’à son tour. Un discours de droite prononcé par un homme de… droite. La messe est dite ! Toute honte bue.
http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article26854

Le grand abandon ...

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article