Par Joie Des Mots
Il grignote mes choux chaque nuit; je le laisse
Vivre: j'aime sa peur et j'aime sa faiblesse.
Loin de le dénoncer, je prétends qu'il n'ait pas
L'angoisse de la meute attachée à ses pas.
Je veux que par mes soins un lièvre vieillisse.
Quoique mes choux soient beaux, j'en fais le sacrifice.
Le matin, quand je vois mon enclos ravagé,
Je souris en pensant que dans l'ombre, léger,
Heureux et clandestin et rasant les allées,
Il est venu brouter les feuilles craquelées.
Je ne dresserai pas de piège où le saisir.
Au contraire, les jours d'automne, mon plaisir,
Quand la piste est brouillée et qu'ils errent sans guides,
C'est d'égarer les chiens et les chasseurs avides.
Abel BONNARD
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