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Le mariage du riz et du canard ...

 

Le mariage du riz et du canard ...

 

Au village de Fukuoka, le fermier japonais Takao Furuno, dans sa jeunesse, a été le témoin attristé de la disparition des oiseaux et des animaux sauvages due à l’expansion de l’agriculture intensive. Dès 1978, inspiré par la lecture de « Printemps silencieux », le livre culte de Rachel Carson, Takao décide d’adopter les méthodes de l’agriculture biologique. Le travail n’est pas facile et Takao passe de longues journées à entretenir ses rizières et à enlever laborieusement les mauvaises herbes qui l’envahissent.

 Dix ans plus tard il trouve par hasard un vieux livre qui raconte qu’autrefois les cultivateurs avaient coutume de faire patauger des canards dans les rizières. Pourquoi ? Se demande Takao. Esprit curieux, il lâche des canards dans ses rizières et comprend vite : les canards se nourrissent des mauvaises herbes et des insectes parasites, mais ne touchent pas aux plants de riz. De plus, en remuant le fond des rizières inondées, ils oxygènent l’eau. En guise de bonus, leurs déjections constituent un excellent engrais.
Les canards et le riz sont faits pour s’entendre. Comme le rapportent les deux entrepreneurs Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux dans « 80 Hommes pour changer le monde », après dix années de travail éreintant, Takao Furuno et sa femme ont trouvé le moyen de se passer de produits chimiques et laissent les canards travailler à leur place. Qui plus est, le rendement s’améliore considérablement et peut atteindre jusqu’à 6 500 kilos à l’hectare les bonnes années, contre 3 800 kilos en moyenne pour les fermes avoisinantes. Le fermier fait également de grosses économies en arrêtant d’employer des produits chimiques.
Alors qu’il faut en moyenne 1 litre de pétrole (transformé en engrais, pesticides et combustibles) pour produire 1 kilo de riz, cette méthode permet de s’en passer totalement. Au Japon, les produits biologiques étant très demandés, le « riz canard » (duck rice) est vendu à un prix 20 à 30 % plus élevé que le riz traditionnel. Au Vietnam, au Cambodge ou au Laos, les fermiers qui ont adopté la méthode du riz canard ont vu la productivité de leurs rizières augmenter de 30 % en moyenne par rapport à celles qui sont cultivées par des méthodes traditionnelles.

Takao, dont le livre, « The Power of Duck » (Le Pouvoir du Canard), est un best-seller en Asie, estime que sur ce continent 75 000 fermes, dont 10 000 au Japon (produisant 5 % du riz consommé dans le pays), ont adopté ses méthodes. L’élevage de canards donne également aux agriculteurs l’occasion d’utiliser les insectes comme une ressource alimentaire au lieu de passer beaucoup de temps à les éliminer. Takao a même introduit des poissons dans les rizières.

Matthieu Ricard
(Extrait de « Plaidoyer pour l’altruisme » - Éditions NiL)
Altermonde-sans-frontières

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