Par Joie Des Mots
Par Bernard Cassen
D’un côté la Grèce, de l’autre l’Europe engagées dans un bras de fer dont le prochain point fort sera le référendum convoqué le 5 juillet : c’est dans ce registre sémantique que les médias puisent quotidiennement pour rendre compte de la tentative d’étranglement du gouvernement d’Alexis Tsipras. Si tout le monde comprend bien ce que recouvre le mot « Grèce », et pas seulement en termes géographiques, il n’en va pas de même pour le mot « Europe ». En l’occurrence, il ne s’agit ni des peuples ni des sociétés ni des Parlements nationaux des pays membres de l’Union européenne (UE) ni même du Parlement européen. Il s’agit des forces conjuguées – désignées jusqu’à récemment comme la « troïka » – de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) dont, rappelons-le, le siège est à Washington…
La réduction de l’idée d’Europe à l’addition de trois institutions indépendantes, et donc situées hors de portée du suffrage universel, n’est pas seulement, comme on pourrait le croire, un abus de langage, une facilité médiatique - à laquelle l’auteur de ces lignes cède parfois lui aussi… L’emploi inconsidéré de ce mot, avec ou sans la composante FMI, n’est pas limité au cas grec. Il devient la norme dans un grand nombre de situations, et particulièrement dans toutes celles où il faut imposer l’ordre néolibéral. Les « plans de sauvetage » de Chypre, de l’Espagne, de l’Irlande et du Portugal portent également la signature « Europe ».
Cette usurpation d’identité lexicale a un grand avantage pour les gouvernements. Elle leur permet de s’abriter derrière les institutions de l’UE pour ne pas avoir à répondre de leurs actes devant leurs électeurs. Car ce sont bien eux qui, en dernière instance, prennent les décisions cruciales dans le cadre du Conseil européen, et non pas la Commission ni même la BCE.
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