Par Joie Des Mots
Par Valérie de Saint-Do
Quand les « plus exploitables » se massent aux portes de Pôle Emploi, les exploités le sont d’autant plus durement. L’horreur économique a gangrené, partout, les modes de management. C’est le tableau noir que dressent Olivier Cyran et Julien Brygo dans « Boulots de merde ! Du cireur au trader ».
Il y avait pire que d’être exploité : ne plus être exploitable. Viviane Forrester distillait cette phrase dans L’Horreur économique, essai trop oublié et visionnaire paru dans les années quatre-vingt dix. C’est pourtant un démenti que lui apporte le livre en forme de claque magistrale de Julien Brygo et Olivier Cyran, Boulots de merde, du cireur au trader. À l’annonce de la sortie de ce livre, on était tenté d’y voir une adaptation du pamphlet de l’anthropologue américain David Graeber, « On the Phenomenon of Bullshit Jobs » au demeurant excellent. Mais dès l’introduction, les deux compères dissipent ambiguïté et confusion. Dans son essai, Graeber s’en prenait surtout à l’inutilité sociale, la vacuité, la bureaucratie à faire pâlir feu l’URSS et l’ennui insondable que distillent les armées mexicaines corporate. Il omettait les boulots sous payés, salissants, pénibles que sur l’absence totale d’inutilité d’une kyrielle d’emplois administratifs que la technologie, loin d’éliminer, a multiplié. Ses « Boulots à la con » se restreignaient aux métiers frappés d’une inutilité sociale à peu près assimilable au pompage sans fin des Shadoks, et dont on serait bien en peine de décrire les contenus et objectifs, opposés aux professions tout aussi indispensables que sous-payées que sont le nettoyage, les soins aux personnes âgées, la boulangerie voire les métiers artistiques.
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