Par Joie Des Mots
« La légèreté et jusqu’à l’humour avaient en grande partie disparu de la sphère publique.
Considéré comme un raffinement désormais risqué, le rire s’était progressivement vu confiné au cercle familial et amical, on ne s’y adonnait plus qu’en compagnie de proches à qui on pouvait avoir confiance ou alors en ponctuant son mot d’esprit d’une infinité de précautions, précisant que nous n’avions jamais eu la moindre volonté de choquer, blesser, dénigrer, rabaisser ou stigmatiser : il valait mieux d’ailleurs ne pas être soupçonné de discriminer qui que ce soit, l’accusation pouvant entraîner mort professionnelle et infamie sociale, plus rarement agression physique.
Le métier d’humoriste, cette activité de bouffon moquant le pouvoir, a pu exister jusqu’aux années quatre-vingt-dix ;
par la suite, quand la pression est devenue trop forte, la profession est largement tombée en désuétude tandis qu’apparaissaient de nouveaux et singuliers humoristes d’État, clowns subventionnés qui n’amusaient personne. »
Julien Sansonnens

Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog