Par Joie Des Mots
Par Olivier Pascal-Mousselard
C’est une petite musique entêtante qui s’est transformée en fatigant big band. Un refrain sur « le peuple » entonné face caméra, l’air grave et pénétré, par certains candidats à la présidentielle.
Le peuple ? Une figure aux contours mal définis… Opportunément brandie, semaine après semaine, contre « le système », puis contre « les élites » et « les médias », pour finalement s’abattre contre « les juges ». Ce bon peuple ! Un joker pratique quand la campagne se corse, à abattre sur la table le doigt levé et le timbre légèrement menaçant, en laissant entendre qu’il pourrait bien finir par se soulever. À bon entendeur, salut. Oublions que, sur un plan strictement sociologique, la proximité des candidats avec les gens du peuple laisse quelque peu songeur… Passons encore sur le constat que la couleur politique dudit peuple soit, même pour les politologues, très difficile à définir, ce qui rend son ralliement forcé hasardeux.
Mais notre patience s’épuise devant une manipulation trop répétitive. Dans l’histoire de France, les adresses au peuple – « peuple de France » ou « peuple français » - sont légion. Elles ont été lancées à toutes les époques et sur tout l’éventail politique, des rois de France aux révolutionnaires et de Charles de Gaulle au Parti Communiste, aux heures sombres comme aux temps plus glorieux. Dans la campagne en cours, et sans plus de précautions, abuser du mot l’affadit, prétendre l’incarner est une farce, se servir de lui comme d’une menace, une forfaiture.
Il est important de s’en souvenir et de ne pas l’invoquer en vain. Pour le dire autrement : que les candidats nous lâchent avec « le peuple », ils le respecteront d’autant mieux.
Télérama N° 3504 du 08 mars 2017
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