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Les tueurs du vivant ...

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Fabrice Nicolino

Ne l’oublions jamais : tandis que des petits groupes tentent de rameuter de vastes foules en faveur de la nature, des bêtes - dont nous sommes - et des plantes, d’autres ne rêvent que d’achever le grand massacre. Placés sur les deux plateaux d’une balance Roberval, on verrait aisément que les deux ensembles ne sont pas de même poids. Les destructeurs sont bien plus nombreux. Encore bien plus nombreux.

Dans la nuit du 18 au 19 août, quelques sombres crétins au front bas ont buté des centaines de milliers de vies, sans le moindre état d’âme. Dans le Gers, le Conseil Général dirigé par le socialiste Philippe Martin mène une politique qui considère la biodiversité. C’est si rare que je le note. Précisons que je connais - un tout petit peu - Philippe Martin, et que j’apprécie sa personne. Pour ce que j’en vois. Cela ne vaut pas quitus, Dieu sait ! Je ne suis pas et ne risque pas de devenir socialiste un jour. Des centaines de mes articles le montrent sans détour.
Bref. Cette nuit du 18 au 19 août, de vrais connards ont vidé une grande part de l’étang du Moura, à Avéron-Bergelle, qui occupe tout de même 17 hectares. Comment ont-ils fait ? Les barbares trouvent toujours une manière d’agir : en l’occurrence, ils ont pété la vanne de vidange, et le lac a peu à peu disparu. Or ce lac est la propriété du Conseil Général du Gers, et il est classé en Zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique (ZNIEFF). Philippe Martin et ses amis le voulaient un modèle de gestion écologique et pédagogique. Au-dedans, au moment du crime - car c’est un crime, oui ou non ? -, il y vivait des centaines de milliers d’alevins, des milliers de carpes et d’anguilles adultes. Ainsi que des tortues cistudes, animal fort menacé chez nous.
Qu’ont-ils laissé, outre la mort et la désolation ? Une baraque de pêche incendiée, qui avait été bâtie au 18ème siècle par des moines cisterciens. On finira par croire que ces crapules ne respectent rien. Philippe Martin, président donc du Conseil Général, m’adresse quelques mots : « Certains des “tags” retrouvés sur les murs fumants de cette jolie petite “maison du pêcheur” datant du 18ème siècle laissent peu de doutes sur l’origine et les motivations des auteurs de cet acte (« Martin, pas d’eau pour les tortues » ou « Martin tu peux en acheter un autre », sans compter le traditionnel et si romantique « Martin = PD »…)  ».

L’affaire se terminera - peut-être - devant le tribunal. Mais elle a d’ores et déjà une morale provisoire. Dans la lutte éperdue pour sauver les écosystèmes, il faut certes continuer à convaincre et à entraîner. Certes oui. Mais il serait sot, et fort vain, de croire que nous ne rencontrerons, sur notre route, que bravos et brassées de fleurs. L’ennemi de la nature existe.

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