Par Joie Des Mots
Le 23 juin 2011, les instances européennes annoncent avec tambour et trompette qu’elles vont enfin se donner les moyens de contrôler les « représentants d’intérêt », ainsi qu’elles appellent pudiquement les lobbyistes de tout poil qui grenouillent à Bruxelles. « Le Parlement et la Commission européenne lancent aujourd’hui un registre de transparence qui fournit plus d’informations que jamais sur ceux qui cherchent à influer sur la politique européenne ».
Auparavant il y avait bien deux vieilles listes papier censées répertorier les lobbyistes, l’une à la Commission, l’autre au Parlement, que tout le monde avait fini par oublier. Désormais, un seul registre électronique contient toutes les infos, actualisées en temps réel. Les groupes de lobbying sont priés de s’identifier et d’indiquer les sommes déboursées chaque année pour leurs actions d’influence. Y compris quand ils agissent via des « faux nez ». Ils doivent même verser, dans ce registre public, le nom des députés avec lesquels ils sont en contact. On applaudit des deux mains ce grand élan vers la transparence. Quoique…
Un groupe d’ONG européennes, baptisé Alter-EU, vient de décortiquer ledit registre. Premier constat : si l’on se contente des 2 600 lobbyistes qui ont leurs bureaux permanents dans la capitale belge, plus de la moitié pour l’instant ont oublié de s’enregistrer. Pourquoi se gêner, puisqu’on découvre, à l’occasion, que l’inscription au registre n’est pas obligatoire ? Prenez les poids lourds de l’agroalimentaire, surreprésentés à Bruxelles. Pas de trace de Monsanto, le roi des OGM, ni du géant Mars, qui fabrique les barres chocolatées du même nom. On cherche aussi en vain le groupe belgo-brésilien InBev, premier brasseur de la planète, ou encore Lactalis, deuxième groupe laitier dans le monde. Idem pour PepsiCo, le numéro 2 mondial de l’agroalimentaire avec 62 milliards de chiffre d’affaires. La transparence sur les sommes dépensées est aussi exemplaire.
Comme on l’imagine, les « faux nez » ne se sont pas précipités, eux non plus, pour s’inscrire. Alors qu’ils pullulent à Bruxelles, il en manque une palanquée dans le registre. À commencer par l’Institut des Sciences de la Vie, l’Ilsi de son petit nom, le plus puissant groupe de lobbying agroalimentaire avec 400 adhérents, dont Monsanto, Unilever, Syngenta, Bayer, Nestlé… En mai, l’Ilsi avait provoqué de gros remous à Bruxelles en recrutant comme directrice exécutive pour l’Europe la présidente du Conseil d’Administration de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments !
De là à penser que Bruxelles est dans les choux…
Le Canard Enchaîné N° 4796 du 26 septembre 2012
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