Par Joie Des Mots

Si l'on devait reconnaître à Emmanuel Macron une qualité, on pourrait dire qu'il est expert dans l'art de ne rien dire quand il faudrait parler, et, quand il parle, de travestir la vérité. Le discours solennel qu'il a prononcé lundi soir en est un exemple. Si, pour une fois, il s'est abstenu d'insulter des Français, le vide de ses propos était en lui-même insultant. Son ministre Pap Ndiaye semble croire qu'il est de son devoir d'imiter son maître. Depuis son arrivée rue de Grenelle, il s'illustre, à son tour, par sa façon de tourner autour du pot ou de vendre vessie pour lanterne.
Ainsi, le mardi 11 avril, sur RTL, il a promis aux professeurs une revalorisation « extrêmement substantielle », avançant le chiffre de deux milliards d'euros. Une somme apparemment rondelette, mais quand on sait que les syndicats les plus modérés l'estiment dérisoire quand ils la rapportent à ce que touchera, compte tenu de leur nombre, chacun des enseignants concernés, on peut se poser des questions : même pas de quoi compenser la perte de pouvoir d'achat accumulée ces dernières années ! Pap Ndiaye, en arrivant au gouvernement, a vite appris la langue de bois.
Voyez, aussi, comment il entend imposer la « mixité sociale » à l'enseignement privé sous contrat, avec des « objectifs chiffrés ». Comme si l'on pouvait remédier à la crise que connaît l'enseignement public, qui oublie sa mission d'instruction, en contraignant l'enseignement privé à faire de même. Reporter sur le privé les maux que le public s'est auto-infligés, voilà une drôle de manière de résoudre les problèmes. Mais ce ministre, qui inscrit ses enfants dans des établissements élitistes, se veut le champion de l'égalité pour les enfants des autres.
Faut-il évoquer son courage, lorsque le réalisateur Dominik Moll, recevant le César des lycéens pour son film La Nuit du 12, a vivement critiqué son patron, déclarant devant lui que « ça ne doit pas être facile tous les jours » d'être ministre « avec un Président dont les paroles et les actes sont un peu le contraire de ce que devrait transmettre l'école » ? Que croyez-vous qu'il fit ? Il resta coi et n'exprima, même après coup, la moindre réprobation. Sans doute a-t-il pensé qu'il valait mieux se taire devant une salle qui approuvait par ses applaudissements les propos du réalisateur – à moins qu'il ne les ait lui-même approuvés in petto.
À ce sujet — Pap Ndiaye, ministre tout mou dans un gouvernement atone
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