Eklablog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Header cover

Mémorial contre l'esclavage ...

esclavage4.jpg
L'humidité nous enserre. Il pleut. L'eau coule sur la longue paroi de verre qui borde, coté terre, la galerie souterraine de plus de 100 m de long, sous le quai de la Fosse. La Loire est là, puissante, omniprésente. Au-delà des piliers de bétons ou des murs en pierre. Elle coule jusque sous nos pieds. Le fleuve charrie une eau grise. La mer, le fleuve, « ce gris coffre fort » qui renferme « la mémoire des esclaves », comme l'a écrit le poète antillais Derek Walcott. « La mer est l'histoire.»

La mémoire de ces millions d'hommes et de femmes arrachés à l'Afrique et transportés à fond de cale vers les Amériques est gravée dans le mur de verre du Mémorial de l'abolition de l'esclavage. À grands coups de citations, toutes plus marquantes les unes que les autres. Pour inciter à la réflexion. On y trouve ce cri, lancé en 1844 par le Réunionnais Louis Timagène Houat : « Incendions ces champs tout fertilisés de nos douleurs ».
Les textes sont signés d'esclaves, d'écrivains, de penseurs d'hier et d'aujourd'hui, de militants, d'abolitionnistes, ou même de chanteurs, de tous les pays. Avec, en dessous, répété dans toutes les langues, le mot Liberté. Absorbé par la lecture, on en oublie la rumeur de la ville. Et le bruit du flot continu des automobiles qui passent le long des vieux immeubles ayant appartenu à d'anciens armateurs négriers.
« Ce Mémorial est d'abord une oeuvre artistique, un beau lieu. À la dimension rare, nationale, européenne, internationale. Il est unique en son genre en Europe », raconte, Françoise Vergès, notre guide, Réunionnaise, présidente du comité pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage
Ce lieu a été conçu par l'artiste Krzysztof Wodiczko et l'architecte Julian Bonder. Il a été pensé, voulu, depuis 1998, année du 150e anniversaire de l'abolition de l'esclavage en Europe (en 1848), pour inscrire le passé dans les quais de Nantes. Là même où les bateaux négriers larguaient les amarres (beaucoup partaient aussi de Paimboeuf, face à Saint-Nazaire) pour se livrer au commerce triangulaire. À la traite humaine. En Afrique, ils échangeaient diverses marchandises, tissus peints, armes à feu, contre des êtres humains.
Les navires de Nantes, capitale de la traite négrière au XVIIIe siècle, ont déporté environ 450 000 captifs noirs vers les colonies d'Amérique. Et on estime que la traite Atlantique a concerné environ 12 millions d'humains. « En ce temps-là, nous étions les boeufs de ces gens-là (les négriers, les propriétaires) », a écrit l'écrivain réunionnais Axel Gauvin.
« On n'imagine pas la puanteur de la cale, le stress, les conditions épouvantables de ces voyages, poursuit Françoise Vergès. Souvent des femmes, des hommes, des enfants étaient jetés à la mer, suite à une révolte, ou parce qu'ils étaient malades. » Les esclaves ont été les premiers abolitionnistes. Dès le premier jour, ils ont lutté, ils ont résisté. Avant d'être relayés par d'autres voix en Europe, en Amérique...
Ce combat contre la traite a été très difficile et long, car « tout un système économique, politique, culturel avait rendu l'esclavage naturel. Toutes les institutions l'approuvaient. C'est en Angleterre que le mouvement de l'abolition a été le plus important. Avec, en particulier, le boycott du sucre par les femmes, dès le milieu du XIXe siècle. »
La traite négrière a duré quatre siècles, du XVe au XIXe, « mais l'esclavage et l'abolition ont produit des guerres, des changements économiques et ont bouleversé le droit, l'histoire du goût, l'écologie (avec la déforestation au profit des champs de canne à sucre), la philosophie...»
Hier donc, le sucre, mais aussi le café, les épices ont participé à l'agrément des habitants de l'époque.
« Et aujourd'hui ? D'où vient notre confort ? On utilise par exemple des téléphones portables. Mais certains de ces éléments (notamment le minerais indispensable à la fabrication des puces électroniques) ne sont-ils pas issus du travail forcé ? Pourquoi est-ce possible ? Comment peut-on tolérer qu'il y ait 27 millions de personnes en situation d'esclavage, actuellement, dans le monde ?»
À un bout du long mur de verre, figurent le texte de loi (Taubira) de 2001 qui considère la traite et l'esclavage comme un crime contre l'humanité ; la déclaration universelle des droits de l'homme et aussi l'article du code pénal qui punit la traite humaine. Le combat pour l'égalité, la justice, ne finit jamais.

Philippe GAMBERT.Photos : Franck DUBRAY.Site Internet : memorial.nantes.fr

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article