Par Joie Des Mots
Les faits de cannibalisme en Corée du Nord ont
longtemps relevé de la rumeur fantasmatique dans ce pays en proie à des famines à répétition et dirigé par l'une des pires dictatures au monde. Pour la première fois, un organisme public
sud-coréen aux travaux reconnus, l'Institut pour l'unification nationale (KINU), confirme et étaye, dans son Livre blanc annuel sur les droits de l'homme en Corée du Nord, qui paraîtra lundi 21
mai, l'existence de telles pratiques.
L'institut tire ses conclusions d'une enquête approfondie menée, en 2011, auprès de 230 transfuges nord-coréens. Au moins trois cas d'exécution publique sont avérés, entre 2006 et 2011, en Corée
du Nord pour des actes de cannibalisme. Certains témoignages de réfugiés nord-coréens citent des cas où les personnes ont mangé et vendu de la chair humaine sur les marchés en la faisant passer
pour de la viande de mouton.
Le rapport relate ainsi l'histoire d'un habitant de la ville de Hyesan, au nord-est du pays, exécuté en décembre 2009, pour avoir tué et mangé une fillette. Les auteurs de l'enquête mentionnent
aussi le cas de ce père et de son fils, condamnés à mort en 2006 dans la ville de Doksong pour avoir mangé de la chair humaine. Un autre fait similaire a été rapporté dans la ville de Musan
(nord-est) en 2011.
DOCUMENT DE LA POLICE
En 2011, la mission Caleb, un groupe de missionnaires sud-coréens, était parvenue à récupérer un document de la police
nord-coréenne, daté de 2009, relatant d'autres cas de cannibalisme et laissant entendre que le phénomène était plus étendu et récurrent dans un pays confronté à un contexte de situation de
pénurie alimentaire.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies avait affirmé, en mars 2011, que près de 6 millions de personnes - surtout les femmes et les enfants - étaient gravement menacées par la
famine. L'Union européenne (UE) et les Etats-Unis avaient relayé cette
inquiétude en juillet, estimant que la pénurie alimentaire devenait " aiguë ".
Au cours de l'automne 2011, des témoignages recueillis par des ONG travaillant en relation avec des réseaux d'opposants à ce
régime totalitaire, qui survit grâce à un véritable système basé sur la terreur, ont apporté des éléments qui confortaient ce diagnostic. Des populations civiles se regroupaient vers les gares
dans l'espoir d'y trouver de la nourriture.
UN MILLION DE MORTS DANS LES ANNÉES 1990
Le site d'information sud-coréen Daily HK, animé par des transfuges avait révélé, fin septembre, que des militaires,
eux-mêmes, confrontés à la faim en dépit de leurs privilèges, dépouillaient ces mêmes civils de leur maigre ration. La famine a déjà causé, selon l'ONU, la mort d'un million de personnes dans les
années 1990.
Les organisations internationales connaissent pourtant de grandes difficultés à atteindre les populations en danger, notamment dans les zones rurales. Les Etats-Unis, qui ont envoyé à deux
reprises, en 2011, leur propre mission d'évaluation, ainsi que la Corée du Sud, qui a fait de même, dénonçaient des détournements de l'aide alimentaire par les autorités nord-coréennes au
détriment de la population.
Pour ces raisons, depuis octobre, seule une partie des fonds promis par l'ONU a été débloquée et les livraisons du PAM ont été interrompues à plusieurs reprises face aux contraintes imposées par
le régime nord-coréen qui a coupé sa population du reste du monde limitant l'accès à son territoire. Les autorités de Pyongyang, pour leur part, se refusent à tout commentaire sur ces faits et se
contentent d'agiter l'argument " du complot o,ternational " pour expliquer la révélation de ces informations sur la situation alimentaire du pays.
Jacques Follorou
Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog