Par Joie Des Mots

J'arrive au Musée archéologique,
isolé dans un cercle de moteurs allumés.
Dans l'entrée, leur vacarme cesse.
Me voici dans un lieu sacré, un sacré disparu.
Les statues des divinités se sont désengagées du culte
et du commerce avec l'espèce humaine.
Il est resté une grandeur qui ne dépend pas de la fumée des autels.
Elles ne sont pas en exil,
elles sont réunies en assemblée à l'intérieur du musée,
par opposition au dieu exclusif et unique du monothéisme.
Plus anciennes que sa révélation,
elles conservent un sentiment de supériorité
envers l'ultime divinité arrivée,
qui leur fit le tort de les ignorer.
Elles n'éprouvent aucun ressentiment.
Elles ont été honorées par des poètes, des philosophes,
des dramaturges, des mosaïstes et des sculpteurs.
Elles ont parlé les langues savantes,
le grec et le latin,
en habitant les entrailles des volcans,
les sommets enneigés, les fonds marins.
Elles ont habité le monde, pas le ciel.
Erri de Luca
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