Par Joie Des Mots
Difficile, rouge-gorge, de t’appeler mon ami, toi, l’inconditionnel ami, déjà, des jardiniers, du labeur paisible et sans arrière-pensée, des semaisons heureuses.
Mais comment fais-tu, toi qui les survoles par petits sauts furtifs, pour accepter aussi nos turpitudes, mesquines et parfois franchement plus repoussantes ?
Rouge-gorge, grand intendant des miettes de la huche, fidèle compagnon, du matin au soir, de nos binages, sarclages, graines et oignons plantés, fatigues et reins cassés, fleurs écloses et fruits vermeils… peut-être récoltes-tu quelques-unes de nos pensées et de nos mots confiés au vent, si tant est qu’ils en vaillent la peine, pour les disséminer, pour qu’ils fécondent chez les autres.
Peut-être en rapportes-tu à nos oreilles avides, riches de tes rencontres et de ta familiarité bon enfant, pour qu’ils nous ensemencent d’attentes et de pousses nouvelles.
Toujours, au voisinage de l’oiseau, la graine sème la beauté et son ivresse diffuse.
Comme si les trilles que tu siffles à notre cœur reconnaissant étaient l’or butiné de tes incessants allers-retours.
Paul Badin

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