Par Joie Des Mots
Après une période faste sous l'époque gallo-romaine et jusqu'à CHARLEMAGNE, les invasions barbares et les querelles internes
dans le royaume avaient affaibli l'économie du pays. Les artisans s'approvisionnaient en cuir à l'étranger, du cheval « hongre » en Hongrie et des chèvres de Cordoue en Espagne. Les utilisateurs
de ce cuir furent appelés « Cordouannier » ou « Cordouennier ».
La chaussure à courroies ou à bandelettes persiste avec les Carolingiens. La gallique ou galoche à semelle de bois était toujours en usage. Pendant trois siècles, la chaussure varia peu. Dans les
appartements des châteaux et des palais, on remplaçait le cuir par des étoffes, velours ou soie brillante serrant bien le pied. La jambe maintenue donnait au corps une robustesse, une sécurité.
On était « solide sur sa base ».
Les gens du peuple, quant à eux (qui vivaient au dehors), avaient des chaussures de cuir sombre mieux appropriées à la boue des chemins. A cette époque, on connaissait déjà le cirage pour
l'entretien des cuirs et les guerriers portaient la jambière avec un soulier de fer, véritable « botte silencieuse ».
Au 9e siècle, dans les logis, on portait une sorte de pantoufle à quartier bas : les escarpins. Puis apparaît la heuse, première chaussure montante en cuir mou pour les hommes qui annonçait la
botte.
A partir du 11e siècle, l'usage du soulier s'est répandu. Les chaussures semellées, espèces de bottes en toile renforcées par des semelles en cuir, se portaient avec des patins en bois pour aller
à l'extérieur. Les raffinés, désœuvrés, se mirent à lancer la mode des bouts pointus.
Comme dans l'Antiquité, la forme des chaussures se différencie pour le pied droit et le pied gauche.
A partir du XIème siècle, l'usage du soulier se répand.
Mais c'est seulement quatre siècles plus tard (au 15e siècle) que la chaussure en cuir détrônera la chaussure en bois.
Au 12e siècle sous Louis VII, la lanière et la courroie s'effacent devant la tige de cuir.
Au début du XIIème siècle, les chaussures s'allongent. Appelées Pigaches, elles précèdent les chaussures à la Poulaine dont on attribue l'invention au chevalier Robert le Cornu. Ce modèle
extravagant par sa pointe démesurée est rapporté d'Orient par les Croisés. Il dérive de la chaussure à bout relevé syrienne, akkadienne et hittite et correspond à la verticalité de l'esthétique
gothique. Cette excentricité vestimentaire, réservée d'abord à l'aristocratie est imitée par les bourgeois et les petites gens. Les autorités sont donc amenées à réglementer la longueur des
pointes selon le rang social : 1/2 pied pour les gens du commun, 1 pied pour les bourgeois, 1 pied 1/2 pour les princes. Aussi, pour faciliter la marche, ces derniers doivent-ils l'attacher au
genou avec des chaînes d'or ou d'argent.
Ces longueurs hiérarchisées donnent naissance à l'expression "vivre sur un grand pied". Faite de cuir, de velours ou de
brocart, sur le dessus découpée en fenêtre d'église ou parfois ornée de dessins obscènes, terminée souvent par un grelot ou un bec d'oiseau, la Poulaine connaît une version militaire dans
l'armure.
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